1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 10:53
Pavé de bonnes intentions

Les Arabes, leur religion, les faits divers de là-bas, les peurs d'ici.

Tu vois, Jean, cher "ami Facebook"...

Tes billets soulèvent souvent des questions intéressantes et de manière toujours aussi mesurée qu'intelligente, mais ce genre de sujets drainent une telle haine que le message de départ s'en trouve souillé comme par un flot d'excréments.

Pour moi, la vraie vermine, celle qui ronge notre société de l'intérieur, c'est cette haine irrationnelle que certains ressentent et vomissent sur leur passage. Les victimes de cette bile noire sont si mal dans leur peau qu'ils en sont devenu le Mal absolu, peut-être malgré eux.

Je n'aime pas l'Islam intolérant ou violent, et il me fait peur comme à tout le monde. Pas tant parce que c'est un visage de religion qui, plus que tous les autres, est prêt à tout pour imposer sa vérité. Mais parce que leurs adeptes les plus fanatiques ont précisément cette même merde dans le cœur que les racistes tout aussi fanatiques qui en souhaitent l'extermination.

Marrant, ce sont généralement les mêmes qui chassent, qui aiment la corrida, qui sont pour la peine de mort, qui sont homophobes, racistes et antisémites, qui utilisent des majuscules pour s'exprimer, qui sont insupportablement ignorants ("ça m'étonnerait que...": donc "J'en sais rien mais je m'en fous !") et qui rêvent de voter plus à droite que votre Front National.

Ces gens, qui se sont laissés moisir de l'intérieur, sont irrécupérables. Je n'argumente jamais avec eux, quel que soit leur camp. Je les évite juste, en évitant de lancer des sujets polémiques qui échapperaient à mon contrôle.

Et pourtant, dieu sait si les incohérences des religions m’amusent, à commencer par leurs livres saints, Bible comprise... de lire qu’Allah, seul dieu universel, aurait décrété que pendant le Ramadan tous les musulmans devraient jeuner du lever du soleil jusqu’au coucher, ce qui revient à dire que les pauvres musulmans norvégiens devraient jeuner pendant six mois... De lire que Adam et Eve auraient été les premiers humains, qu'ils ont eu deux fils, Caën et Abel, et que le reste de l'humanité serait donc descendue de deux garçons... De lire dans l'ancien testament que les premiers sages ont vécu qui 300 ans, qui 500 ans... Que les juifs ont déduit de la phrase "Ne mange pas l'agneau dans le lait de sa mère" qu'il fallait désormais ne consommer que casher et ne pas mélanger les pattes à vaisselle qui essuient les plats à viande de ceux qui essuient les fromages... De voir mon âme sœur bouddhiste caresser le vendre de Bouddha depuis toujours, dans la conviction que cela apporte à coup sûr bonheur et argent... Que si les dix principales religions soutiennent détenir la seule Vérité, c'est que mathématiquement toutes sont une invention légitime de l'humain, qu'il plébiscite par sa peur de mourir.

Pourtant dieu sait si ma révolte est intacte quand je constate qu'en prenant Mahomet pour modèle (il aurait épousé Aisha alors qu’elle avait 6 ans mais aurait sagement attendu qu’elle en ait eu 9 pour avoir des relations sexuelles avec elle (http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89pouses_de_Mahomet), certains pays musulmans, encore aujourd’hui, marient des filles aussi jeunes, de l'âge de mes filles, à de vieux bedonnants libidineux.

L’immense majorité des musulmans éprouve toutefois la même horreur que nous à l’idée de coucher avec une enfant, de lapider une femme, de lui donner des coups, de la voiler de force ou de se faire sauter sur une bombe.

L’islam, le Coran et ce qu’on en a fait prêtent à ce genre de débordements, c’est un fait. Satis constat.

Personne de raisonnable ne peut non plus nier que le drill religieux qu’on impose dans ces sociétés dès l’enfance en lieu et place de l’ouverture vers les sciences humaines, la philosophie et la liberté de pensée et d’opinion, tire ces peuples vers le bas. Il suffit de voir que les musulmans sont 25% de la population mondiale et les juifs 0,2%, mais que ces derniers ont remporté 1'500 Prix Nobel contre 8 seulement pour l’ensemble des musulmans.

Il n’en demeure pas moins que l'immense majorité de ces gens n’ont pas demandé de naître et de grandir dans ce milieu et avec ces principes que leurs ancêtres leur ont légués.

Que la plupart d’entre eux ont une seule femme, qu’ils traitent aussi bien que mes voisins genevois, qu'ils sont d'aussi bons pères et de bonnes mères que nous en trouvons ici, qu'ils font leurs prières dans l’intimité de leur foi sans intolérance pour les autres et sont ouverts à ce que leur religion semble pourtant condamner a priori.

Mais pour accepter de voir ça, il faut avoir laissé ses tripes de côté, avoir été capcble de relativiser les choses (la méchanceté des uns n’est pas forcément celle des autres ; surtout, la méchanceté n’est pas forcément du côté que l’on croit), et de s’ouvrir à l’autre pour en faire connaissance.

J’ai des amis fantastiques dans plusieurs pays arabes, même si j’enrage de voir que certains préfèrent aggraver une maladie plutôt que d’avaler un médicament pendant le jeune du Ramadan. Ils sont les premiers à en baver, mais c’est comme ça.

Et – surtout ! - ça ne change pas ma vie.

J’ai eu l’occasion de voir que certains donneraient leur vie pour sauver la mienne et que la force des sentiments qu’on ressent dans ces pays est souvent bien plus émouvante qu’inquiétante.

Je suis avocat. Je t’assure que si les bagarres de rue sont à Genève généralement le fait des Arabes ou des Yougoslaves, si le trafic d'héroïne passe par les ressortissants des Balkans, que si le trafic de cocaïne est sous le quasi monopole de l’Afrique noire, les cambriolages des Georgiens, si les escroqueries ridicules du genre "wash wash" ont été inventées par des Zaïrois, si les centaines de faux Premiers Ministres qui souhaitent expédier des millions en Suisse sont ivoiriens et si la mendicité est terriblement roumaine, les crimes vraiment abjects sont commis par des gens bien de chez nous.

Les Fourniret, Dutroux, Emile Louis, les Alègre et tous ces ogres aimaient les petites filles.

Celui qui en prendrait prétexte pour détester tous les Français, tous les Belges, voire tous hommes hétérosexuels serait aussi cohérent que ceux qui condamnent les musulmans pour leur religion telle que les moutons noirs de chez eux ont décidé de l'appliquer.

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 21:51

Je regardais l'épisode 10 de la 3ème saison de cette excellente série: "The good Wife". Une catho coincée déclarait au Tribunal, sous serment: "L’homosexualité est une perversion. C’est ce que dit la Bible dans le livre du Lévitique, chapitre 18, verset 22 : « Tu ne coucheras pas avec des hommes comme on couche avec les femmes : c'est une abomination. Je ne suis pas homophobe: c'est parole de Dieu ».

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Alors je suis quand même allé la zieuter de plus près, notre Sainte Bible. Contre toute attente, cette phrase figure bien telle quelle dans le Lévitique, ce livre de la Torah juive devenue une partie de notre Ancien Testament.

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Mais pas seule: j'ai continué ma lecture, histoire de me familiariser un peu davantage à la Loi de Dieu, moi qui écris à longueur de billets que les religions ne servent à quelque chose que si elles rendent leurs ouailles meilleures.

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Je ressors de la lecture de ces textes avec plus de questions que de réponses... Je m'adresse donc à tous les savants de la morale chrétienne. Qu'ils m'éclairent.

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Par exemple, je veux vendre ma fille comme servante, tel que c’est proposé dans le livre de l’Exode, chapitre 21, verset 7. Une idée sur un prix de départ ? N'y aurait-il plus de nos jours que les fervents religieux qui acceptent de me l'acheter, histoire d'obéir aux Textes Saints ? Heureusement pour mes angoisses de Pater Familias, remarquez, la Parole de Dieu précise: "Si un homme vend sa fille pour être esclave, elle ne sortira point de chez elle comme en ont le droit les esclaves masculins." Me voilà rassuré : au moins elle ne fera pas de mauvaises rencontres en dehors du doux foyer de celui qui l'aura achetée...

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Le Lévitique aussi, chapitre 25, verset 44, enseigne que j'ai le droit de posséder des esclaves, hommes ou femmes, à condition qu’ils soient achetés dans des nations voisines. On me dit que c'est applicable aux Portugais, mais pas forcément aux Français. Pourriez-vous m’éclairer sur ce point ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas posséder d'esclaves français ???

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J’ai un voisin qui s'est mis à travailler le samedi, je le sais: je l'ai vu de mes propres yeux ! L’Exode, chapitre 35, verset 2, dit clairement qu’il doit être condamné à mort. Suis-je vraiment obligé de le tuer moi-même ? Pourriez-vous me réconforter sur ce point, Ô vous érudits des textes saints et de leurs arcanes absconses ?

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Autre chose : le Lévitique, chapitre 21, verset 18, dit qu’on ne peut pas s’approcher de l’autel de Dieu si on a des problèmes de vue. Aïe ! Malgré que je sois pilote d'avion, j'ai une légère myopie doublée d'un rien d'astigmatisme. Pas grand chose: 0,25 et 0,5. L'acuité visuelle doit-elle vraiment être de 100% pour approcher Dieu ou du moins ses représentants ? Ne serait-il pas possible de revoir cette exigence à la baisse ? Etre presbyte interdit-il donc tout presbytère ? N'existe-t-il donc aucun astigmate du Christ ?

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Un de mes amis pense que même si c’est "abominable" de manger des fruits de mer (Lévitique 11, verset 10), l’homosexualité est "encore plus abominable" et que la mort du libertin devrait être plus lente que celle du gourmand. Je ne suis pas d’accord. Pouvez-vous régler ce différend ? Baudelaire disait la femme naturelle "c'est-à-dire abominable"... Qu'ont-ils donc tous avec ce mot ?? Faut-il voir l'empreinte du diable dans le fait que Stromae n'ait pas encore chanté "Tu es abominable. Je suis un nabot minable"?

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Presque tous les gens que je connais de sexe masculin vont chez le coiffeur pour se faire couper les cheveux, y compris autour des tempes. Si. Voire, dans ce qui s'apparente à un onanisme capillaire, s'y emploient eux-même dans le secret de leur salle de bain. Tout ceci est expressément interdit par Le Lévitique (19:27). Comment doivent-ils mourir, puisque c'est ici aussi la seule punition que la Bible prévoit ? N'est-ce pas un peu tiré par les cheveux ?

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Je sais que l’on ne me permet aucun contact avec une femme tant qu’elle est dans sa période de menstrues (Lévitique. 15, versets 19-24). Le problème est : comment s'en assurer ? Avant d'arrêter de fréquenter des filles, j'avais bien essayé de demander à l'avance, histoire de ne pas faire de faux pas, mais la plupart des femmes semblaient s'offusquer de ces saintes précautions. Et puis, est-ce que ça vaut également pour les amants en période hémorroïdaire ? Ah non, j'avais oublié : c'est justement là tout le problème...

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Quand je brûle un taureau en sacrifice, j'ai lu que la sainte odeur qui s'en dégage est apaisante pour le Seigneur (Lévitique, verset 1 à 9). Le problème, c’est mes voisins : ils n'admettent pas - les impies - que cette odeur soit apaisante. Puis-je les châtier en les frappant ?

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J'en connais d'autres qui ne respectent pas ce qu'impose le Lévitique, chapitre 19, verset 19 : "Vous observerez mes lois. Tu n'ensemenceras point ton champ de deux espèces de semences; et tu ne porteras pas un vêtement tissé de deux espèces de fils." J'ai surpris ma cousine porter des vêtements faits de différents tissus, en l'occurrence coton et soie. De plus, son mari passe ses journées à médire et à blasphémer. Est-il nécessaire d’aller jusqu’au bout de la procédure embarrassante de réunir tous les habitants du village pour lapider ma cousine et son époux, comme le prescrit le Lévitique, chapitre 24, versets 10 à 16 ? On ne pourrait pas plutôt les brûler vifs au cours d’une simple réunion familiale privée, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des parents proches, tel qu’il est indiqué dans le livre sacré, chapitre 20, verset 14 ? Merci de me faire profiter de votre bon sens éclairé.

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Autre question qui me ronge: existe-t-il des croyantes féministes ? Comment alors accommodent-elles leurs revendications et leur foi, devant cette phrase du Lévitique 19, verset 20 : "Lorsqu'un homme couchera et aura commerce avec une femme, si c'est une esclave fiancée à un autre homme, et qui n'a pas été rachetée ou affranchie, ils seront châtiés, mais non punis de mort, parce qu'elle n'a pas été affranchie." Bon, il faut dire aussi, à la suite du Lévitique 20:16, que les femmes de l'époque avaient de drôles de mœurs : "Si une femme s'approche d'une bête, pour se prostituer à elle, tu tueras la femme et la bête; elles seront mises à mort: leur sang retombera sur elles."

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Mon ami Felice m'invite à lire le Nouveau Testament, plus ouvert vis-à-vis de nos amies les femmes.

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A peine:

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"Femme, tu es la porte du Diable, leur dit tout de même Tertullien, ce Père de l'Eglise. C'est à cause de toi que le fils de Dieu a dû mourir; tu devras toujours t'en aller vêtue de deuil et de haillons"...

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Quant au Nouveau Testament lui-même, citons-le littéralement, puisqu'il s'agit de parole d'Evangile : "Je veux que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l'homme est le chef de la femme", rappelle l'épître de Paul aux Corinthiens (11:3). "Que les femmes se taisent en public; il ne leur est pas permis d'y parler, elle doivent obtempérer comme le veut la loi. Si elles souhaitent une explication sur quelque point particulier, qu'elles interrogent leur mari chez elles, car il n'est pas convenable à une femme de parler en public" (1ère épître aux Corinthiens / 14:34-35). "Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur; car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l'église, qui est son corps, et dont il est le Sauveur. Or, de même que l'Eglise est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l'être à leurs maris en toutes choses" (Epître aux Ephésiens / 5:22-24). "Que la femme écoute l`instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre de l'autorité sur l'homme: mais elle doit demeurer dans le silence. C'est Adam a été formé le premier, Eve ensuite ; et ce n'est pas Adam qui a été séduit, mais c'est la femme qui séduite, s'est rendu coupable de transgression." (1ère Epître de Timothée / 2:11-14). "Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté " (1ère Epître de Timothée / 2:15).

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Ouf. Elle a eu chaud, hein dis Felice...

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Expliquez-moi justement l'histoire d'Adam et Eve, qui n'ont eu comme enfants que Caïn et Abel, deux hommes. Eh oh... ils nous l'ont peuplée comment, notre planète ?

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Quant au reste de la Genèse, elle fait référence à nos ancêtres bibliques qui ont atteint plusieurs centaines d'années, âge respectable en ces temps reculés. Je lisais ce passage de ma "Bible illustrée" à ma fille, un jour où je me suis dit qu'il fallait un chouïa d'éducation religieuse quand même. Je tentais de ne pas sourciller : "Noé avait atteint l'âge de 500 ans quand il eut trois fils, Sem, Cham et Japhet. Après avoir vécu en tout 930 ans, il mourut. A l’âge de 105 ans, Seth eut un fils, Énos. Après la naissance d’Énos, Seth vécut encore 807 ans. Il eut d’autres fils et des filles. Après avoir vécu en tout 912 ans, il mourut."

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Impossible de garder mon sérieux... J'ai refermé et lui ai raconté un énième épisode des Histoires de Cocaïne, la chatte que j'avais il y a 20 ans et qui passait d'appartement en appartement dans l'immeuble où j'habitais, pour, en compagnie de ses fidèles acolytes Artur le tigre aux dents de sabre, Albert le bébé acrobate, Papi le Papillon et Bibique la chèvre diabolique, se battre contre les monstres, les fantômes, les mauvais esprits et, dans ce qui serait son combat final, mon voisin de la cave, Louis Cyfrès, le diable lui-même caché sous un pseudonyme à peine déguisé. Beaucoup plus crédible.

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L'islam n'est pas en reste... J'avais rappelé ici qu'Allah, dieu universel s'il en est, avait ordonné à tous ses croyants de ne rien s'introduire par la bouche et l'anus (sic!) du lever au coucher du soleil, pendant le jeune du Ramadan. Pour le musulman suédois, norvégien ou lapon, qui voit le soleil se lever en avril et se coucher en novembre, l'alimentation par perfusion intraveineuse est-elle autorisée ou vit-il dans le péché pour ne pas s'être laissé mourir de faim ?

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Merci donc aux dévots de tous horizons de nous rappeler, avec force références et savante assurance, que la loi de Dieu est éternelle, inaltérable et d'une sagesse inégalée.

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Question légitime: Bob Dylan composait quand il était pété et Jim Morrison n'était inspiré que bourré, c'était une partie de leur légende. Mais ceux qui ont écrit la Bible, je crois qu'il faudrait creuser... Les imaginer en Baudelaire ou Conan Doyle, à viser le paradis biblique à l'aide de paradis artificiels, rendrait au moins leurs âneries et leurs intolérances un peu moins ridicules.

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Me voilà en tout cas plus croyant que jamais.

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 11:33
Du bonheur

On m'a envoyé cette image ce matin.

L'alternative, posée comme ça, est fausse : certains se recouchent sans rêve, uniquement parce que le temps passe plus vite en dormant, en se droguant ou en jouant à des jeux qui occupent l'esprit...

L'accélération du temps est un signe de perte du goût de vivre: c'est le contraire du carpe diem; c'est le refus de la vie et des problèmes qu'on y voit.

J'entendais un philosophe sur la RTS1 il y a quelques jours. Il parlait du bonheur. Celui-ci n'est selon lui que la prise de conscience des petites joies qu'on a tous, tous les jours. Et la faculté de relativiser les petits problèmes qu'on a tous, tous les jours. Un sourire qu'on nous fait ou qu'on provoque ou le goût d'une tartine sont des petites joies. Les dettes, une santé défaillante ou des relations personnelles dégradées sont des petits problèmes avec lesquels on peut tout à fait vivre sans y penser en permanence.

Ne jamais oublier: On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait en sortant...

Il est très difficile de profiter de ses instants de bonheur car il est très difficile de les identifier. Le bonheur est un non-événement. Quand tout va bien, on ne se rend jamais compte de rien. C'est quand la machine se grippe qu'on s'aperçoit que c'était mieux avant. Et que c'est trop tard.

Voilà pourquoi l'homme est enclin au malheur: seule la douleur est une sensation.

D'où ce magnifique mot d'ordre : "On a tous deux vies. La seconde commence quand on se rend compte qu'on n'en a qu'une."

Je suis persuadé qu'être heureux suppose un effort, un exercice conscient, une hypervigilance régulière qu'on peut entraîner.

Déjà en se disant, tous les matins comme on prend son café: "Quelle belle journée", ou "Quelle chance j'ai d'avoir dormi dans les bras de quelqu'un", ou "Chouette, je n'ai mal nulle part", ou "Quelqu'un m'attend"...

Sans oublier de dire à l'autre: "Je tiens à toi", "C'est une belle journée", "Je me réjouis de te revoir ce soir", "Tu est décidément plus joli que jamais".

Je disais à mes filles qu'un simple sourire ou un merci à un balayeur de rue, ou à ceux que d'aucuns regardent habituellement de haut, illumine une journée, voire une vie.

Ça ne coûte rien et faire du bien autour de soi est aussi quelque chose qui rend heureux.

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 18:36

Je sors de cette audience d'appel avec un président qui, pendant 10 minutes, m'a dit à quel point mon intervention en plaidoirie était "blessante".

Je venais d'exprimer, pendant près de 30 minutes, le dégoût et la tristesse d'une partie de ma profession face à une justice pénale qui n'en est plus une, avec des juges qui ne font plus l'effort de se forger une intime conviction à la force du poignet.

Qui préfère condamner sommairement plutôt que d'acquitter quand la réflexion et la sagesse le commanderaient si on y faisait encore appel.

Qui distribue des jours de prison sans plus aucun état d'âme.

Qui fait du délit de faciès une règle de fonctionnement sans même s'en cacher-

Qui a inventé des oreillers de paresse lui permettant de juger avec arbitraire sans que la loi ne l'interdise plus, comme le dol éventuel (presque toute négligence devient intentionnelle);

Comme la coactivité (toute fréquentation d'un criminel pendant un délit fera de toi un criminel au même titre que lui);

Comme l'appréciation anticipée des preuves, permettant à un juge de préjuger avant la fin d'une affaire, sans que cela soit considéré comme un préjugé;

Comme la possibilité de prononcer un verdict plusieurs mois après une audience, alors que toute la magie qui a pu s'en dégager n'est plus qu'un dossier de papier;

Comme la disparition du jury populaire, qui était parfois beaucoup sévère qu'un juge, mais qui - au moins - jugeait l'esprit non encore trop perverti par la routine, la fréquentation de la lie de l'humanité à longueur de journées et les rapports de force avec les avocats;

Comme un magistrat suprême qui, faisant à lui seul toute la jurisprudence pénale genevoise, s'est vanté en public de n'avoir jamais accordé une mise en liberté de sa vie.

Je demandais au président de se poser la question, dans l'intimité de son for intérieur, de quand datait son dernier acquittement, son dernier doute, sa dernière ouverture d'esprit sur ces accusés qu'il est payé pour châtier et qui sont si faciles de voir comme des coupables avant même leur entrée en salle d'audience.

Je rappelais qu'il était des grands juges, de ceux qui - face à la facilité, aux raccourcis, aux mensonges d'un accusé, d'une répulsion palpable et méritée qu'on ressent pour lui, ainsi qu'aux anathèmes unanimes de tous, avocats parfois compris - percevait les warnings de l'erreur judiciaire s'allumer dans un coin de leur sagesse.

Je déplorais que des gens formidables, amis d'enfance, de belles âmes comme personne, s'étaient abîmées jusqu'à l'aigreur en quelques mois d'un régime terrible, qui n'épargnait aucun d'eux : se lever tous les jours dans l'unique perspective de châtier son prochain.

Je ne m'étais jamais autant emporté contre le système, en audience publique. Tout se prêtait ici à me révolter par avance: des Guinéens, trafiquants de cocaïne (pléonasme ?), crétins jusqu'au bout des doigts ou capables d'une mauvaise foi que je ne peux imaginer possible, une peine très lourde prononcée au terme d'une audience et d'un verdict de première instance aussi assassins que lapidaires, des policiers unanimes dans la caricature, des quantités de drogue à donner le vertige, une bande organisée pour l'appât du gain facile.

Mais des condamnations de première instance injustifiées, sur la base d'un dossier gonflé par une police qui se prend à ce qui est un jeu pour elle, une chasse à courre, avec des règles qui lui sont propres et qu'on peut - cela arrive de plus en plus souvent - résumer par "la fin justifie les moyens".

Non ! Je m'insurgerai jusqu'à la mort qu'on condamne même un salaud pour des crimes qu'il n'a pas commis !

N'importe lequel des badauds lambda, interrogé sur un coin de trottoir, aura néanmoins à l'esprit: "Qu'on les pende, tous autant qu'ils sont !"

Un juge, dans mon esprit, dans mon souvenir (!), n'est pas un badaud lambda.

Et tant pis s'il nous faut sortir du rôle de gentil élève que d'aucuns d'entre eux aimerait nous voir tenir.

Je porte la robe, que diable ! A moi d'en être digne !

Et la seule dignité de l'avocat, c'est de résister.

Je n'ai pas insulté la Cour, qui ne recevra évidemment jamais la lettre d'excuses qu'elle a osé souhaiter à haute voix, me donnant d'ailleurs en cela raison par la façon dont l'avocat est perçu par le pouvoir judiciaire d'aujourd'hui.

Je ne l'ai pas insultée : c'était bien plutôt un cadeau... Un ressenti et un rappel à l'ordre des soldats que nous sommes, à elle - trop haut perchée sur son piédestal pour entendre les souffrances qu'elle inflige sans y penser.

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Published by Grégoire Rey - dans Grrr !
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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 12:20
1375245_10201429660897694_1244849533_n.jpgMonter dans cette merveille de technologie et de puissance, stationnée entre un jet privé et un gros porteur, à quelques minutes de chez soi ;
Eprouver à la mise à feu, à l'accélération puis à la rotation la victoire sur ce qui a jusqu'à peu été considéré comme physiquement impossible ;

Arracher ces presque deux tonnes du sol où la beauté et le bonheur se gagnent à coup de combats, de soucis et d'argent;

S'élever à une hauteur où plus rien ni personne ne peut nous atteindre ;

Prendre une route que jamais personne n'avait empruntée auparavant ;

S'arroger la liberté arbitraire de tourner autour d'un chamois ou, à l'inverse, de tracer une ligne droite à près de 400 km/h vers la destination de son choix, si lointaine qu'elle serait inatteignable autrement ;
Ou si proche que prendre un avion était d'un ridicule mais extraordinaire superflu ;

Apprécier que depuis quinze ans d'aventures aériennes à travers le monde, aucun policier, aucun douanier ni aucune autorité ne soient venus contrôler l'intérieur d'un de mes avions : les pilotes savent qu'on ne triche pas si l'on veut rester vivant ;

Se rendre compte que le chemin le plus court entre deux points n'est pas la ligne droite, mais le rêve ;

Se foutre d'ailleurs complètement des lignes droites et des chemins les plus courts ;

Exprimer ce qu'on a de plus beau en soi: l'anticipation, la précision, la manifestation permanente d'un savoir-faire maîtrisé, la compréhension absolue de ce qui se passe, les égards pour les autres, le goût du partage, la droiture ;

Se sentir immunisé de tout stress, de toute tristesse, de toute colère, de la jalousie, du racisme, de la haine et de tous ces mauvais sentiments qui pourrissent l'âme de ceux qui rampent au-dessous de la ligne d'horizon;

Être maître des battements de son cœur, qu'on peut accélérer ou apaiser à volonté, en quelques secondes  et au prix de risques consentis avec malice ;_DSC0335.JPG

Chercher à vivre ces émotions avec d'autres, qu'on a choisis à ses côtés ;

Voir pleurer quelqu'un d'émerveillement, plongé dans une troisième dimension qui leur a été réservée l'espace d'un moment ;

Rassembler parfois en une seconde ce qu'on a de plus fort pour vaincre l'envie qu'a l'avion de tomber, comme le  bateau de couler, l'amour de s'essoufler, la santé de disaraître ou la vie de s'arrêter.

Voler.
Traite-moi de ce que tu voudras, esprit chtonien : j'ai rendez-vous avec l'absolu à chacune de mes évasions.

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Published by Pyrame - dans Intime
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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 01:00

 

Il y a des mots qui marquent, qui en appellent d’autres, qui font voyager dans ce qu’on enferme d’émotions et de non-dits.

 

mots-qui-comptentComme une musique sans parole, des paroles sans paroles somme toute, je vous livre pêle-mêle les chemins en méandres tortueux vers les rêveries qui furent les miennes depuis enfant, pavé des mots phares.

 

Je n’ai jamais eu d’idoles en chair et en os, mais j’en ai eu et j’en ai encore en lettres et en notes. Elles rejoindront peu à peu ces pages, au fur et à mesure qu’elles me reviendront, à l’image d’un journal du passé.

 

Leurs auteur ne sont pas même cités : seul importe ce qu’ils ont dit, écrit ou chanté, quelles qu’aient été leur réputation, leur légitimité ou ce qu’ils ont pu penser par ailleurs. Surtout que certains de ces extraits sont de moi…

 

La plupart du temps, il s’agit de figures de style donnant à des mots les moyens de faire voyager l’âme. Ces chrestomathies, ces peintures de l’esprit, reflètent – mais aussi appellent lorsqu’on les lit – ce que l’humain a de plus noble, de plus touchant ou de plus fort.

 

Elles méritent qu’une page entière soit consacrée à chacune d’elles.

 

Prenez ma main et suivez-moi...


 

 


Separateur de texte

 

D’abord quelques lignes de conduite, et autant de lignes de vie. Pour ne pas passer à côté des petites choses qui font qu’une vie est en fin de compte heureuse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait en sortant."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"On a tous deux vies. La seconde commence quand on se rend compte qu'on n'en a qu'une seule".


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Je crois que tout se résume à un simple choix: dépêche-toi de vivre, ou dépêche-toi de mourir."


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

"Le chemin le plus court entre deux points? Ce n'est pas la ligne droite, c'est le rêve".


 

...Et la réponse de ma fille de 6 ans, alors que je crânais en lui citant cette jolie pensée : "Si c'est le rêve, pourquoi alors tu veux que ce soit court ?"  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Ne dis jamais rien qui ne puisse être entendu par ton pire ennemi."

 


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Ce très beau passage de chanson va dans le même sens : si la vérité est souvent ailleurs, ce n’est jamais le cas du bonheur :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"On croit les gens heureux

Parce qu'on ne les connaît pas

On ne vit pas chez eux

Leurs blessures ne saignent pas"


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D'ailleurs, le bonheur des uns... n'est pas forcément celui des autres :

 

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Pour la beauté du geste, un florilège de figures de style en quelques mots : j’en recense une douzaine. Que c’est bien écrit, pour une chanson.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bateaux prisons, chargés d’ébène

Champs de coton et chants de haine

Chansons d’espoir, chansons d’adieu

La musique noire, elle était bleue.

La terre des hommes, la terre du feu

Celle qui a sacrifié ses dieux

Comme une orange elle était bleue.

 

 


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Ce poème de Goethe me poursuit depuis le cycle d’orientation et je le sais par coeur depuis. Ni Michel Tournier ni Schubert n’y ont apporté quelque plus-value que ce soit. C’est un joyau qui se suffit à lui-même. Je me fais pleurer tout seul rien qu’à me le réciter.

 

 

Je vous le reproduis en entier, tellement ce texte est beau.

 

La traduction est la mienne. Elle est donc libre. J'ai mis en majuscules les interventions abominables du Roi des Aulnes à l'égard de l'enfant, qu'il va finir par tuer.

 

Ce qui est terrible, c'est qu'entre la première strophe, où le père tient l'enfant normalement "in dem Arm" (sous son bras) et le dernier où il l'agrippe de toutes ses forces ("in Armen/ in seinen Armen", deux fois au pluriel: "de ses bras, dans ses bras), la progression dramatique du délire de l'enfant est à couper le souffle. Le père sent son fils lui échapper, sans rien pouvoir faire pour lui. Le cauchemar absolu... 

 

 

 

 

 

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Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?
Es ist der Vater mit seinem Kind.
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er fasst ihn sicher, er hält ihn warm.
 

 

– Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht ?

– Siehst Vater, du den Erlkönig nicht !
Den Erlenkönig mit Kron’ und Schweif ?

– Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif.

„DU LIEBES KIND, KOMM, GEH’ MIT MIR !
GAR SCHÖNE SPIELE, SPIEL ICH MIT DIR,
MANCH BUNTE BLUMEN SIND AN DEM STRAND,
MEINE MUTTER HAT MANCH GÜLDEN GEWAND.“
 

 

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht ?

– Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind,
In dürren Blättern säuselt der Wind.

 

„Willst feiner Knabe du mit mir geh’n ?
Meine Töchter sollen dich warten schön,
Meine Töchter führen den nächtlichen Rhein,
Und wiegen und tanzen und singen dich ein.
 

 

– Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düsteren Ort ?

– Mein Sohn, mein Sohn, ich seh’ es genau,
Es scheinen die alten Weiden so grau.

 

„ICH LIEBE DICH, MICH REIZT DEINE SCHÖNE GESTALT,
UND BIST DU NICHT WILLIG, SO BRAUCH ICH GEWALT !“
MEIN VATER, MEIN VATER, JETZT FASST ER MICH AN,
ERLKÖNIG HAT MIR EIN LEIDS GETAN.

 

Dem Vater grauset’s, er reitet geschwind,
Er hält in Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not,
In seinen Armen das Kind war tot.
   

 

 

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Qui chevauche donc si tard, à travers la nuit et le vent ?
C'est le père avec son enfant.
Il entoure l'enfant de son bras,
Il le tient fermement, il lui tient chaud.

 

« Mon fils, pourquoi tu enfouis comme ça ton visage ?
Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes?
Le Roi des Aulnes, avec sa couronne et sa traîne ?
— Mais mon fils, ce n’est qu’une traînée de brouillard...

— TOI CHER ENFANT, VIENS, VIENS AVEC MOI !
NOUS JOUERONS ENSEMBLE À DE SI JOLIS JEUX !
MAINTES FLEURS MULTICOLORES BRILLENT SUR MA PLAGE;
MA MÈRE A MAINTES ROBES DOREES...

 

— Père, Père ! Tu n'entends pas
Ce que le Roi des Aulnes me susurre tout bas ??
— Sois tranquille, reste tranquille, mon petit :
Ce n’est que le vent qui murmure dans les feuilles sèches.

 

— TU VAS VENIR AVEC MOI, DELICIEUX ENFANT ?
MES FILLES T’ATTENDENT DEPUIS LONGTEMPS ;
CE SONT MES FILLES QUI GUIDENT LE RHEIN DANS LA NUIT.
ELLES TE BERCERONT, ELLES CHANTERONT ET DANSERONT POUR TOI.

 

— Père!! Père!! Tu ne vois donc pas, là-bas
Les filles du Roi des Aulnes dans ces lieux sombres ???
— Mon fils, mon fils, je vois tout ça très bien :
Ce ne sont que les vieux pâturages qui paraissent si gris !!!

 

— JE T'AIME. TA CHARMANTE FORME ME PLAÎT.
ET PUISQUE TU N’ES PAS VOLONTAIRE, JE VAIS DEVOIR EMPLOYER LA FORCE !
— Père!!!, Père!!! Il m’a attrapé!!!
Le Roi des Aulnes me fait mal !! »

 

Le père frissonne d’horreur, il cravache son cheval.
Il tient dans ses bras l'enfant délirant ;
Atteint la cour du château exténué et en proie à la détresse.
Dans ses bras, l’enfant était mort.

 

 

 

 

 


 

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Ce poème terrible de Goethe me fait penser à une chanson, qui m'a saisi en plein vol alors que j'écoutais la radio, aux commandes de mon avion lors d'un trajet vers le sud de la France.

 

Je me demandais où le chanteur voulait en venir, en s'adressant visiblement à son enfant, sa fille.

 

Avant de comprendre...

 

C'est dur de rester concentré sur un avion, dans ces conditions. Surtout quand on a une fille, en plus paisiblement endormie sur le siège d'à côté. Et qu'on imagine, "sous ses printemps pleins de grâce, des angoisses terribles qu'on n'a peut-être pas su déceler et "éventer" à temps".

 

"In seinen Armen, das Kind war tot"...

 

 

 

 

 

Mon enfant, mon air pur
Mon sang, mon espérance
Mon ferment, mon futur
Ma chair, ma survivance
Tu ne perpétueras ni mon nom ni ma race
Tout ce que j'ai bâti, je l'ai rêvé en vain
Je quitterai ce monde sans laisser de trace
Tes yeux ne s'ouvriront sur aucun lendemain

 

L'aiguille

Dans ta veine éclatée
Ta peau déchirée
L'aiguille

Dans ton corps mutilé
Crucifié
L'aiguille

De nos espoirs trahis
Te clouant dans la nuit
Sans vie

Mon arbre, mon petit
Qui peut dire à l'avance
Où le bonheur finit
Quand le malheur commence
Le drame de la vie, sans auteur ni dialogue
Qui s'écrit à huis clos se joue à notre insu
Les plaisirs innocents n'en sont que le prologue
Les paradis promis ont l'enfer pour issue

L'aiguille

Dans ta veine éclatée

L'aiguille

Dans ton corps mutilé
Crucifié
L'aiguille

De nos espoirs trahis
Te clouant dans la nuit
Sans vie

En regardant fleurir
Tes printemps pleins de grâce
Je n'ai pas sous tes rires
Eventé tes angoisses
Peut-être pas non plus assez dit que je t'aime
Ni suffisamment pris le temps d'être avec toi
Que tu as dû souffrir en secret de problèmes
A présent c'est mon tour perdu dans mes pourquoi
L'aiguille dans ta veine éclatée
Ta peau déchirée

L'aiguille

Dans ta veine éclatée

L'aiguille

Dans ton corps mutilé
Crucifié
L'aiguille

De nos espoirs trahis
Te clouant dans la nuit
Sans vie

L'aiguille 

 

 

 

Il y a décidément autre chose, dans la chanson française, que "Un homme/une femme - je t'aime/tu m'aimes"... Des émotions formidables.

 

 

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Ce passage du Petit Prince est cité par tous lettrés ou pas, comme référence littéraire, à tel point qu’elle m’est devenue overheard. Mais j’ai vibré sur le Petit Prince quand j’en ai composé la musique originale lors de sa mise en scène au collège ; j’ai vibré sur El Principito lorsqu’il m’a appris l’espagnol en même temps que les premières chansons presque à texte de Ricky Martins que j’écoutais en boucle. J’en vibre encore quand je relis une planche maçonnique que mon père avait écrite, autour de cette phrase, pour décrire tout l’amour de l’Autre qu’il avait en lui, ici à l’occasion d’une rencontre avec un Homme Bleu du désert.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux.

 

 

 


 

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« Cent vingt millions de secondes ». Mes adorables lecteurs sauront à quoi je fais ici allusion. C’était « quatre ans » (120'000'000 de secondes), que j'ai décrits il y a vingt ans.

 

 

 

cent vingt millions - ca fait rien

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tout Hugo me parle, et je ne manque jamais d’aller le saluer quand je vais voir Chopin et sa tombe voisine. Je me souviens que mon amie Nicole, récemment nommée directrice d’école à Sion (je suis fier de toi, ma chérie !), est celle qui m’a initié aux « Fondations » d’Asimov, à la Chanson de Roland, à Confucius, à l’illettré Amazonien-qui-avait-tout-compris-de-la-vie… et aux Odes et Epodes d’Hugo, avec cet « Enfant » de la guerre, terrifiant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d'avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d'Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu'un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?
Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ?
- Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.

 

 

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Comme la musique de son copain Chopin, les nuits de Musset m’ont longtemps hanté, surtout celles de mai avec leur sublimissime passage du pélican. J’en pleure à chaque fois…

 

 

 

 

 

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;
En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
L'Océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture il apporte son cœur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur,
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.
Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
Il craint que ses enfants ne le laissent vivant ;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage,
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
Et que le voyageur attardé sur la plage,
Sentant passer la mort, se recommande à Dieu.

 

 


 

 

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Un de ces autres moments des « Cent vingt millions de secondes » qui m’émeut encore tout seul.

 

 

cent vingt millions - EXTRAIT 2 

 

 

 

 

 

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Je me demande avec qui je parlais, il y a une plus d’une vingtaine d’années, sur le plus beau mot allemand à mon goût. Nicole à nouveau ? Je ne sais plus. Nous étions en tout cas d’accord sur « vertraut », doux à entendre et magnifique à comprendre : « intime ». J’ai appris par cœur cette chanson de Herman van Veen lors de mon premier échange scolaire en Allemagne. Elle véhicule désormais de bien jolis souvenirs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ein Fenster ist ein Loch

Ein Glas durch das man schaut

In den Hof

Wo alles so vertraut


 

 

 

 

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Encore un texte chanté peu connu mais remarquable de simplicité et de symbolisme. Mine de rien, ça n’a rien à pâlir à la comparaison avec Victor Hugo : de l’émouvant sans sensiblerie, des mots concis ciselés dans l’acier, des figures de style quand il les faut et une structure de texte parfaite. Par acquît de conscience, quels que soient vos goûts, je vous invite à allez l’écouter sur internet : vous la trouverez illustrée par une voix inégalable dans ce registre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ne m’enterrez pas encore

Je ne suis pas mort, je dors

Et n’encombrez pas ma mémoire

De vos regrets de vos histoires

Je dors

Si quelque part, sait-on jamais

J’avais un ami qui m’aimait

Tant pis, qu’il m’oublie

Je dors.

Maître des ombres et des lumières

Combien dure une éternité

Combien de fois faudra-t-il faire

La même route pour arriver

Combien de lunes à disparaître

Combien d’hommes encore à renaître

En attendant, je dors.

 

 

 


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Ces deux prochains textes de chanson n’ont peut-être pas la dimension universelle de la littérature, mais ils me touchent. Le premier parce que je m’y retrouve. Le second pour y retrouver mon père et le sentiment d’avoir perdu du temps à m’imprégner de ses qualités, alors qu’il était encore vivant. C’est fou comme ceux qui l’ont connu l’ont adoré et comme il est important aux yeux de mes filles, qui ne l’ont pourtant même pas connu.

 

 

 

 

 

J'ai toujours dansé sur les vagues

Quand on croyait que je sombrais,

Ma vie avait l'air d'une blague

Et pourtant c'était vrai.

J’ai pris tous les avions du monde

Dormi dans tous trains de nuit,

Aimé dans dans des bordels immondes

Des femmes aux cheveux gris.

Je vous ai bien eus.

Je me suis fait des jours de fête

Eclaté des fusées d'amour

Comme je vais faire sauter ma tête

A l'aube du dernier jour.

Je vous ai bien eus.

Je ne vous ressemblais pas

Vous ne m'avez pas cru.

Je vous ai bien eus."

 


 

 

 

  et:

 

 

 

 

Ils avaient la couleur du fer
Passez noirs pas assez gris
Un ciel blanc barré d'un éclair
Et une tendresse infinie.

Si j'avais été moins fier
Si j'avais fait un pas vers lui
Au lieu de le fuir et me taire
J'aurais mieux compris ma vie
Et si c'était à refaire
Si j'étais debout devant lui
C'est fou le temps, le temps qu'on perd
J'aurais deviné ma vie

Dans les yeux de mon père.

Si j'avais été moins fier
Ne pas me croire meilleur que lui
Au lieu de me cacher sous terre
D'aimer ma mère plus fort que lui
Si seulement c'était à refaire
Je sais ce qu'il a ressenti
C'est fou le temps, le temps qu'on perd
J'aurais tout appris de lui

Dans les yeux de mon père.

 

 

 

 

 


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Et ces quelques paroles de sage.

 

C'était Dominique Valera, lors de ces stages d'été que je faisais avec lui chaque année à Cavalaire-sur-Mer, depuis une trentaine d'années.

 

Nous étions tous des avancés et il nous réveillait à 3 heures du matin pour faire des coups de poing basiques, des oï tsukis tout cons, sur la plage avec l'eau à la hauteur de la poitrine.

 

Et lorsque l'un de nous trouva le courage de lui demander à quoi cela servait de faire 10'000 fois le même mouvements que nous connaissions tous déjà depuis dix ans, il nous dit:

 

 

"En karaté, tu fais un mouvement 10'000 fois, et tu connais le nom du mouvement !

Tu le fais 100'000 fois et tu commences à ressentir comment fonctionne le mouvement !

Et tu le fais un million de fois, et c'est à ce moment-là, et à ce moment-là seulement, que tu te rends compte que tu ne connais pas le mouvement".

 

 

 

Je me souviens aussi :

 

 

 

"Cette ceinture noire, c'est ton passeport pour commencer le karaté".

 

 

 

 

 

Cet homme m'a marqué.

 

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Published by Pyrame - dans Intime
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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 18:25

Juste un lien, mais je vous le confie contre bons soins :

 

http://issuu.com/pyramegeneve/docs/120_millions_de_secondes

(maintenez la touche Ctrl et cliquez sur le lien)

 

J'ai écrit ce texte quand j'avais vingt ans, il y a un peu plus de vingt ans. Ce sont les tableaux, noirs, d'un homme qui a passé quatre ans en prison (cent vingt millions de secondes), par amour d'un autre homme.

Il s'agissait d'un exercice de style, d'une oeuvre que je soutenais de pure fiction.

J'avais été marqué par l'Etranger (Meursault), par les romans noirs, par le sens de la chute qu'avaient mes plus grands phares, comme en littérature un Hugo ("Je veux de la poudre et des balles"), un Rimbaud ("Il a deux trous rouges au côté droit"), un Goethe ("In seinen Armen, das Kind war tot") ou un Baudelaire ("Et, vertigineuse douceur ! A travers ces lèvres nouvelles, Plus éclatantes et plus belles, T'infuser mon venin, ma soeur !"). Comme dans les codas en feux d'artifice de Chopin, de Schumann ou de Brahms, et comme dans les textes puissants que l'on trouve dans certaines chansons inconnues de Sardou, en chanson populaire.

J'enviais de pouvoir m'essayer au rythme magistral qu'un Flaubert et un Proust savaient mettre dans leurs phrases et même à l'intérieur de chaque mot ou de chaque virgule.

Au-delà du style, ceux qui me connaissent y verront les émanations méphytiques d'un Mister Hyde. Ca les surprendra; ou pas.

Malgré l'emploi de la première personne, j'étais moi-même sûr de tenir là un rôle de composition, de transcrire l'univers fantasmatique de quelqu'un d'autre, nettement plus malsain. J'en suis toujours convaincu, en tout cas pour une misanthropie affichée que je ne ressens pas aussi violemment, un cynisme qui n'est pas toujours de mon goût et une perversité que certains - dont je n'ai toujours pas réussi à faire le deuil - se sont trop rapidement empressés de me prêter.

Même si, à relire tout cela je ne l'aurais plus écrit de la même manière, j'en suis encore très fier.

Je n'ai ni vécu la prison, ni broyé le spleen du narrateur. Je m'en rends compte aujourd'hui plus que jamais, alors que je viens de terminer le livre de Aziz Binebine "Tamamort", sur le bagne mouroir de Tamamart où il a été enterré par Hassan II comme un rat, pendant dix-huit ans, pour avoir participé semble-t-il à son insu au coup d'Etat de 1971. Et dire qu'il n'est pas même aigri, alors que mes lignes sont des déjections d'aigreurs sans même avoir l'excuse d'avoir personnellement souffert.

Je n'ai jamais laissé lire cet opuscule à personne, jusqu'à présent. A une ou deux reprises, il m'est tout au plus arrivé d'en dire moi-même certains passages à des gens qui ont compté.

C'était peut-être le moment, mais ne vous y trompez pas : ce n'est qu'un "coming in", un voyage organisé dans une toute petite partie de moi.

En tout cas, si vous décidez d'ouvrir ce lien, ce sanctuaire hypertexte, s'il vous plaît : lisez ces pages à voix haute et prenez le temps que j'aurais pris à vous le réciter.

N'empêche: il est réservé à ceux qui m'aiment déjà bien au départ, ce foutu Cent vingt millions de secondes... Comme les huîtres, les cigarettes, les baisers sur la bouche et autres gâteries du même style, plus le plaisir est raffiné plus tout ça commence par être vraiment dégueulasse au départ.

Je vous aurai prévenus.

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Published by Grégoire Rey - dans Intime
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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 10:09

Je suis éberlué de constater que 100% des Marocains que je connais font le ramadan. Ça doit bien faire un 99,9% de la population, histoire de se garder une hypothétique marge d’erreur.

La proportion inverse des chrétiens qui font le carême, quoi.   

Et pourtant ils doivent jeûner de tout solide et tout liquide, salive exceptée (c’est précisé !), par la bouche et par l’anus (c’est précisé aussi…), s’abstenir de fumer, d’actes sexuels y compris solitaires et de faire tout ce qui, de près ou de loin, fâcherait Allah. Jusqu’à se parfumer, regarder un objet désirable, commettre un acte illicite, se trouver dans des assemblées mondaines ou, pire, en compagnie de femmes, voire ne rien faire de leur journée.

Sans compter les prières et les savantes ablutions de fin de journée.

Le soir venu, on se lâche aussitôt retenti le signal « Allah aaaaaaaagbar ! » lancé en cœur par les muezzins.

Ce qui est frappant dans cette manifestation pour le moins contraignante de l’islam, c’est que les musulmans qui d’ordinaire boivent de l’alcool ou mangent du porc respectent tous eux aussi ces préceptes sacrés d’un mois, même ceux qui se disent non pratiquants voire qui ont accepté leur homosexualité avec ce qu’elle peut comporter de blasphématoire ici.

C’est un peu leur yom kippour et leur Noël à eux. Sauf que l’un est un grand pardon et l’autre une fête où l’on fait des cadeaux… Pas un mois entier de privation et d’humilité face à un dieu.

C’est dire à quel point l’adhésion à la religion musulmane est générale, et à quel point elle est forte.

Panégyrique, aussi. Je parlais avec l’un de mes amis, un Marocain d’une trentaine d’années. D’habitude réfléchi et mesuré, il me lança hier soir tout de go : « Le coran, c’est la vérité. C’est écrit directement de la parole de dieu, alors que la Bible a été écrite par des hommes. C’est pour ça qu’on sait  que Jésus n’est pas le fils de dieu, mais un simple personnage de l’histoire ».

Il avait de la chance d’être tombé sur moi, qui suis d’une mécréance de bûcher…

N’empêche, ça m’a agacé.

Ce n’était pas le chrétien en moi qui l’était (après tout, je me suis fait virer d’un collège par refus de prier en début de journée) mais bien plutôt le pourfendeur des pensées uniques. Et c’en était une belle, tenté-je…

Je m’essayai : « Tu ne crois pas que si l'une des sept principales religions du monde avait la preuve que son dieu existait, les autres se seraient empressées de la rallier ? Personne n’a de preuve sinon des écrits provenant de témoins humains ».

« Mais si, je te dis ! »

J’aurais aimé avoir un Imam pour me répondre. Mon interlocuteur n’avait pas les connaissances pour répondre à une telle curiosité. La dernière fois que je partageai ce genre de questions avec l’un d’eux, c’était Hani Ramadan, Imam et frère de Tariq, il y a quelques années à l’occasion d’une soirée en sa charmante compagnie. J’en étais sorti éberlué, tant son discours impitoyable, notamment sur les femmes ou sur les jeunes homosexuels qui venaient se confier à lui, semblait sorti d’un autre âge.  « Ce qui était mal pour Mahomet l’est encore aujourd’hui. Ce qui était bien pour lui l’est encore aujourd’hui ». D’avoir épousé Aïsha quand elle avait 6 ans et l’avoir déflorée à l’âge de 9 ans, vous croyez que ce serait bien vu « encore aujourd’hui » ? « A cette époque, on ne vivait que 25 ou 30 ans en moyenne… ». C’est donc que les choses changent ! Le porc était interdit à la consommation pour des raisons sanitaires, dans ces pays chauds, tout comme on interdisait l’homosexualité, la sodomie et la fellation même entre maris et femmes pour des questions de reproduction d’une population. Et toutes sortes d'autres pratiques susceptibles de mettre en péril l'hégémonie des religieux.

J’avais poursuivi mollement (à quoi bon ?), en particulier sur le lavage de cerveau que sont la prière et des incantations répétées inlassablement depuis l’âge tendre. Sur ce besoin qu’ont toutes ces religions, à un moment de leur histoire, de tuer ou de se faire tuer au nom d’un dieu. Sur cette incertitude aussi certainement fausse chez les uns et chez les autres quand plusieurs soutiennent détenir la Vérité et que celle-ci est différente chez chacun d’eux. Sur l’éventualité amusante que tout le monde se trompe et que la vérité soit ailleurs, y compris dans le Rien.

Le chrétien que j’étais ne pouvait pas comprendre.

Décidément, je me demande tous les jours davantage comment le philosophe, le savant et tout homme intelligent peut être croyant en ces dieux qu'on nous a imposés depuis la nuit des temps.

Pourquoi n'y a-t-il plus personne pour croire en Zeus ou en les dieux Horus, alors qu'ils étaient des millions à être persuadés, pendant des siècles (secula seculorum...), qu'ils étaient les seuls tenanciers de la Vérité ?

Quelle est la différence entre croire en un dieu et croire une Elisabeth Teissier qui lit dans les astres ? Croire un pigiste d’hebdomadaire à sensation qui a rédigé un horoscope hasardeux en fonction, au mieux de la position de la position de Jupiter derrière la lune de son frère Neptune, au pire en riant tout bas que ses lecteurs fussent sur le point de croire ce qu’il était en train d’écrire en se foutant d'eux.

Il y a une différence, la seule qui se respecte : donner du crédit à un astrologue est une démarche de l’esprit égocentrique, dédié à améliorer un quotidien généralement médiocre, alors que croire en dieu devrait être une élévation. L'intention de devenir meilleur. Un regard vers l’autre.

L’homme a besoin d’une morale, d’une ligne de conduite. Il acquiert le sens du bien et du mal de ses parents, de son éducation, de son milieu, de ses compagnies, des accidents de la vie et de sa propre nature.

Grand bien lui fasse qu’il prenne dans la religion ce qu'elle peut inspirer de valeurs.

La bienpensance, la colère et le pouvoir du nombre forment le seul cocktail qui amène imperceptiblement l'Homme à tuer avec le sourire.

En Vérité Je Vous Le Dis : quand la religion exclut, elle ne sert à rien.

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 00:00

la-peine-de-mort

J’aime les partisans de la peine de mort. Ce sont des cons faciles à repérer.


Ma dernière secrétaire, je l’ai engagée juste pour sa réponse à ma question sur le sujet.

 

Je voulais tester la façon dont elles affirmeraient leurs opinions sur une question aussi sensible sans connaître les miennes. Car une bonne secrétaire doit savoir s’imposer, tout en sachant y mettre les formes.

 

Et celle-là me dit sans hésitation : « Quand on voit la gueule de ceux qui sont pour, on ne peut qu’être contre !».

 

Vous commencez demain !

 

Reste que même si elle m’avait donné la seule réponse partisane que je peux entendre (« Je suis pour parce que je suis con… »), cela m’aurait dérangé de cohabiter dix heures par jour avec quelqu’un qui rêve de fonctionnaires bourreaux et qui soutient que couper un homme en deux est une pratique qui peut trouver sa place dans un Etat de droit.

 

Surtout juste quelques jours après avoir lu une réaction de lecteur à un article sur la peine de mort, dans la Tribune de Genève. Ce philosophe philanthrope écrivait :


« Je suis pour. Sachant qu'un dangereux criminel enfermé à vie, nourri logé, avec activité annexe coute (sic) cher à la collectivité. Où (sic) alors, remplaçons les expériences sur ces pauvres animaux de laboratoire et faisons avancer la science en expérimentons ou en prélevant des organes sur ces terribles criminels (laissé (sic) en vie végétative) qui avec l'aide de certains psychiatres pourrons récidiver en violant et tuant nos enfants et autres personnes innocentes. »

 

Je n'en croyais pas yeux.

 

Faut dire que le traumatisme est ancré : il vient de mon enfance.

 

Ça a commencé avec les chasseurs, dont mes parents étaient entourés par la force des choses, puisque j’ai grandi en Valais. Je ne comprenais pas comment on pouvait défendre avec objectivité le droit de tuer un animal bien portant qui ne nuisait à personne et qu’on trouve sur les étals de toutes les boucheries. Et je questionnais.

 

Immanquablement, on me parlait de « surpopulation animale », de «kératoconjonctivite-à-cause-de-la-consanguinité-de-certaines-espèces-qui-les-fait-se-jeter-en-bas-des-falaises », d'amour de la nature (sic!), de traque longue et pénible dès les premiers frimas matinaux, de la tradition, de l’ancienneté de l’art.

 

Et c'est toujours avec le même sentiment de frustration que je laissais ces « grandes personnes ». Je ne comprenais toujours pas pourquoi EUX ils se levaient à 4 heures du matin pour des poursuites qui s’annonçaient « longues et pénibles ». Jusqu'au jour où l'un des amis de mon père me dit : "Ben ouais, j’aime tuer. Puisque c’est légal, où est le mal à se faire plaisir ? » Il fut le premier à avoir mon respect. C’était franc, et évident.

 

Sauf que l'année suivante, il invita mon père à l'accompagner dans l’une de ses battues annuelles au Tchad... à braconner des lions. Il ne valait finalement pas mieux que les autres.

 

Un peu plus tard, vers mes sept ou huit ans peut-être, je me rappelle avoir ressenti une nouvelle incompréhension du monde des adultes, quand j’entendais certains d’entre eux se montrer soudain virulents à table, alors que tout le monde parlait calmement jusque-là.

 

Je me souviens de la discussion et de l’homme : un copain de mon père (mais que leur trouvait-il, lui qui était si bon et si tempéré ?) s’était mis à prester contre ces étrangers qui nous envahissaient peu à peu, mangeaient notre nourriture, volaient nos vieilles mères et violaient nos jeunes filles, mâtinant notre sang pur de leurs gènes méphytiques.

 

Soit, il devait avoir eu un problème avec quelqu’un… Mais non ! Il ne parlait que de généralités, de groupes dont il ne connaissait personne en particulier, de races, mais sans illustrer ses propos d’aucun exemple vécu.

 

L’enfant que j’étais ne comprenait pas qu’on puisse juger un groupe pour sa couleur de peau. Cet homme ne connaissait évidemment pas tous les noirs ou tous les arabes, alors qu’il y avait dans ma classe un Mamadou et un Mohamed ma foi pas moins sympas que les autres. Et que la seule fille que je détestais était une Favre, de Sion, qui me chipait mes récrés et qui était plus forte que moi… La preuve, elle est devenue lesbienne.

 

Quand je me suis rendu compte que ce genre de mauvais sentiments étaient ressentis contre toutes les autres minorités (homosexuels justement, handicapés, mécréants, femmes, etc.), ça a instillé en moi un agacement qui ne m’a plus jamais quitté.

 

Car à présent que je suis devenu une « grande personne » (merde !), j’avoue que je n’ai toujours pas ces réponses, malgré un métier d’avocat qui m’a confronté à ce que l’homme avait de pire en lui.

 

J’ai pu seulement constater que les chasseurs, les racistes, les homophobes, les misogynes et les partisans de la peine de mort, s’ils n’ont pas toujours toutes ces qualités en même temps, ont systématiquement un même discours résolument viscéral.

 

Et donc le débat : comment – et pourquoi – argumenter avec quelqu’un qui vous assène des pétitions de principe du genre : « les nègres sont inférieurs », « la place de la femme est au foyer », « les pédés sont des dégénérés » ou : « il faudrait prélever les organes des criminels pour faire des expériences scientifiques ».

 

Oui, j’aimerais beaucoup savoir ce que celui qui s’exprime sur un de ces sujets pense sur les autres. En réalité, je ne le sais que trop.

 

Je ne me souviens pas d’avoir jamais haï quelqu’un. Jamais. Mais je viens de me surprendre à mépriser ceux qui, comme lui, m’ont vomi pendant mon enfance leurs fantasmes de lynchage, de mise à mort et d’intolérance, sous le couvert hypocrite de bien-pensance et de morale.

 

La peine de mort est un sujet pratique pour connaître quelqu’un en quelques mots, un peu comme le chasseur de têtes qui pose des questions pièges, du genre « Quel est votre plus gros défaut ? » pour voir s’il a affaire à un idiot qui lui répond « Ma franchise ! ».

 

Faites l’expérience et interrogez successivement votre interlocuteur sur la peine de mort, les étrangers, les femmes, les homosexuels et la chasse. Vous découvrirez un melting-pot de mauvais sentiments entremêlés. Comme par hasard regroupés en une même personne.

 

Oh, je n’excuse pas les crimes, et encore moins les criminels-qui-commettent-des-crimes-affreux-sur-un-enfant.

 

J’ai deux petites filles adorables et celui qui s’aviserait de leur faire du mal n’oublierait jamais ma réaction, tant celle-ci serait disproportionnée. Et cela ne m’effraie pas une seconde d’assurer ici que je pourrais tuer sans hésiter un seul instant. Tout en me foutant comme de ma première capote de prendre de la prison pour ça.

 

On ne parle juste pas de la même chose, voyons !

 

Ma réaction de père n’a rien à voir avec ce que j’attends de mon pays et de ses valeurs. Et si vraiment j'ai perdu à ce point tout discernement que j'en suis venu à vouloir donner libre cours à mes pulsions vindicatives, que je ne demanderais pas à quelqu'un d'autre de le faire à ma place.

 

La justice ne doit pas venger. La vengeance – faire souffrir ceux qui nous ont fait souffrir – est une volonté animale qui doit être bannie d’un Etat, surtout de droit.

 

La justice doit prendre acte qu’un crime a été commis, neutraliser son auteur et le punir. Mais lorsqu’elle punit, elle doit se montrer irréprochable, sauf à se montrer aussi blâmable que le criminel qu’elle s’arroge le droit de juger.

 

L’Etat de droit, c’est le miroir d’une population, après des siècles de traditions bien établies. Dieu merci, ceux qui rêvent de voir démembrer un être humain ne sont qu’une minorité. Quand ils ont été majoritaires, ça a toujours été sur une période limitée, marquée par propagande étatique guère compatible avec la définition d’Etat de droit. La vermine juive ou les communistes pour le IIIème Reich, les communistes en Amérique, les chiens infidèles chrétiens pour le Djihad, les hérétiques pour l’Eglise, les cargaisons d’ « ébène » transportées par galères vers les champs de coton, les sorcières de l’Inquisition ou les sorciers africains qui rétrécissent les sexes masculins en savent quelque chose.

 

La justice, représentée par une Thémis portant une balance et une épée, a surtout un bandeau sur yeux… et c’est pour mieux voir (« On ne voit bien qu’avec le cœur », et hop, petit hommage habituel à Saint-Ex !).

 

Elle doit faire fi de la clameur populaire, de la colère, des médias. Elle doit réparation à la victime, mais en gardant son indépendance par rapport à elle.

 

De son côté, l’avocat a justement pour mission de forcer la justice à rester indépendante et sereine.

 

Il est le père intervenant pour son fils. Pour s’assurer que s’il est puni, qu’il ne le soit que pour ce qu’il a réellement commis. Il a peut-être volé, violé, tué, mais il n’a pas commis tous les délits de la terre.

 

Vous défendriez votre fils exactement comme cela, quoi qu’il ait fait. Peut-être lui en voudrez-vous, peut-être même le détesterez-vous pour ce qu’il a fait.

 

Mais posez-vous la question honnêtement : souhaiteriez-vous pour votre fils qu’on le coupe en deux parties, qu’on lui injecte un produit qui le dissoudra de l’intérieur ou qu’on lui passe une corde qui lui broiera les vertèbres cervicales ? Quoi qu’il ait fait, vous trouverez évidemment une telle sentence indigne d’un tribunal.

 

On ne peut pas vouloir cela pour son propre fils. Sauf à être un grand malade avec une pierre à la place du cœur.

 

Le vouloir pour le fils de quelqu’un d’autre serait du coup pas très honnête… Cela revient en réalité à mettre sur « off » toute envie d’honnêteté et de réflexion, au profit du plaisir que procurent ces sentiments forts que nous avons tous au fond de nous. Du viscéral.

 

C’est cette volonté affichée de chasser sciemment toute raison qui réunit les partisans de la peine capitale, les chasseurs, les homophobes, les racistes et les misogynes.

 

De tous ceux qui ont peuplé les « dîners de cons » de mon enfance.

 

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Published by Grégoire Rey - dans Lancé de pavé
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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 00:38

gomme-xxl-grosses-fautes.jpgJe n’aime pas le foot. Et d’une.


Mais quand je lis dans la Tribune de Genève que « GE/Servette a débuté l’année en fanfare », ce n’est pas le foot et encore moins les résultats de ce club de balle au pied qui m’escagassent les nerfs mais le rédacteur de cette sagace sentence, censé (et non l'horrible "sensé") savoir au moins rédiger un communiqué sportif.

 

Qu’on se le dise : débuter est un verbe intransitif. On ne « débute pas quelque chose », tout au plus « on le commence ». Ou on débute tout court.

 

Voici donc mes quelques autres sursauts (je m’en suis remis ;-)) à lire la presse de ces derniers temps.

 

Par acquît de conscience (et non acquis... on acquitte sa conscience comme une facture, on ne l'acquiert pas), j'ai pris quelques notes, ces derniers temps.


Toujours au sujet du Servette et dans le même journal récidiviste, il était écrit (le terme est un peu fort) « c’est du côté des mauvaises nouvelles que la coupe est pleine pour les Genevois ».

 

Non môssieur, la coupe n’a pas davantage à voir avec le Servette, qui n’en a plus ramené (participe passé invariable après « en ») depuis longtemps, qu’avec le français : à une époque où l’hygiène n’était pas ce qu’elle est devenue chez certains, les gens jetaient leurs ordures par les fenêtres, dans les cours intérieures typiques des vieilles villes. Jusqu’à saturation… d’où l’expression : « N’en jetez plus, la cour est pleine ! ». Il suffit de s’imaginer quelqu’un, même très agaçant, « jeter quelque chose dans une coupe » pour s’imaginer à quel point il est ridicule qu’elle se remplisse.

 

Pareil pour « faire long feu », d’ailleurs. L’image est jolie : les armes datant du temps où cette expression est née fonctionnaient avec des mèches imbibées de poudre noire, qui amenaient instantanément l’étincelle dans une culasse remplie de poudre et de balle(s), comme en rêvait l’enfant grec de Victor Hugo. Il arrivait toutefois qu’il plût (ça devait être à Genève…) et que la flamme choisît de ralentir, avant de mourir « à petit feu »... Une sorte de « pétard mouillé ». « Faire long feu » signifie donc « échouer, ne pas durer ». « Une association qui a fait long feu » est celle dont les associés ne sont pas parvenus (avec l'auxiliaire "être", on accorde les participes passés svp) à rester ensemble longtemps. « Ne pas faire long feu » n’a donc aucun sens !

 

Remarquez, l'expression « avoir plusieurs cordes à son arc » est paraît-il correcte (jadis, on disait seulement « avoir deux cordes à son arc »). Vous conviendrez cependant qu’elle est grotesque… On comprendrait qu’avoir « plusieurs cordes pour son arc » illustrât des talents polymorphes, mais tirer une flèche avec un arc qui aurait plus qu’une seule corde à la fois serait une gageure (prononcer « -ure », pas comme sur la TSR la semaine dernière) qui, au contraire, serait le signe d’une pitoyable mégalomanie.


Même le très sérieux Le Temps s’y est mis avec l’Apple TV qui, en raison du peu de chaînes qu’on y trouve, ne serait selon lui qu’une « boutique mal achalandée », plutôt que mal fournie, peu approvisionnée, pauvrement pourvue ou que sais-je encore en rapport avec l’offre qui y manque cruellement. Sympa pour les chalands (clients) en tout cas ! Je résilie de ce pas mon Apple TV.

 

Bon, et il y a le Gniolu du GHI qu'on a du mal à critiquer tant on a l'impression de tirer sur l'ambulance: "Ah oui j'suis bête ils préparent les visites guidées de la rue du Stand, autant pour moi !!!!!!". D’abord ces six points d’exclamation qui rappellent combien l’excessif est insignifiant. On est presque toujours sûr de trouver dans la même phrase que les lourdeurs du genre une grosse faute de français. Pas manqué : l’expression « Au temps pour moi ! » vient des exercices militaires où l’on marche au rythme de la fanfare et des tambours : lorsqu’un soldat se trompait, toute la troupe devait revenir « au temps » du début et recommencer. C’était donc « au temps pour lui », "autant" n'emportant guère que le vent.

 

Et que dire enfin (j'arrête là pour aujourd'hui) de l’acteur Mathieu Bisson, choisi pour le rôle de « Mitterrand à Vichy » sur France 2, qui dans une interview se montre cocasse de pertinence : « Il m’a fallu un peu de temps avant de réaliser que, après tout, je ne passais pas l’agrég’ et que je pouvais aussi me faire confiance, écouter mon instinct, tenter une approche plus intuitive » ? ...Eh bien qu’il ferait mieux de se fier à son instinct après qu’il aura passé son agrégation (après que + indicatif svp !) : « réaliser » ne signifie pas « se rendre compte » en français, mais seulement « produire » ou « vendre ». On réalise une œuvre, on réalise des titres en bourse, mais on ne réalise (malheureusement) pas qu’on s’est trompé (sans « s », sauf lorsque le « on » signifie « nous »).

 

En quelque trente mots (quelque est invariable dans le sens d'"environ"), l'acteur aura démontré l'approximation de sa maîtrise du français.


J’apprécie autant le français que l’évolution normale qui doit être la sienne. J’adore les néologismes inventifs, l’argot bien senti, les fautes dont certains jalonnent volontairement leurs discours pour qu’ils ne soient pas précieux, comme des oxymores qu’on sèmerait lorsqu’on veut surprendre l’auditoire. Et même la langue SMS est géniale, originale et créée ex nihilo par les jeunes, avec leurs mots et abréviations propres.

 

A l'inverse, l’erreur par fainéantise me tue, tout comme le délinquant qui enfreint la loi parce qu’il n’en a rien à faire, parce qu’il n’a pas de ligne de conduite et qu'il n'en a jamais eu de sa vie (je vous ai dit que "en" rendait le participe passé - "eu" - invariable? ;-). Je préfère nettement celui qui décide de commettre sciemment un délit en en assumant les risques, parce qu’il a décidé d’employer son intelligence au service d’un but, même odieux. Oui, j’ai plus de sympathie pour le voleur que pour l’assisté, pour l’escroc que pour le mendiant, pour l’auteur d’un meurtre passionnel que pour le chauffard ivre qui renverse un enfant. La gravité de la faute justifie certes, pour les tribunaux, une condamnation plus sévère. Le cheminement de pensée conduisant à une faute grave est cependant plus facile à comprendre qu’une négligence conduisant, par manque de droiture, à des conséquences aussi catastrophiques que prévisibles.


Pour bien écrire, il suffit d'une base de connaissance élémentaire, d'être attentif aux accords des mots, de se relire et d'ouvrir un dictionnaire ou de suivre un correcteur orthographique au moindre doute. C'est un effort tellement facile à faire que le manque d'attention porté à l'écriture d'un texte est toujours  perçu par son destinataire comme du dédain ("Je ne mérite même pas qu'il choisisse ses mots et qu'il relise ce qu'il m'écrit...").

 

Ecire sans rigueur c'est avoir pensé sans rigueur.


Mais les règles sont mouvantes, et souvent dans un sens stupide. C’est comme ces réformes du français qui trahissent les racines et le sens des mots dans un seul souci de niveler le niveau par le bas. Comme si on décidait que les pièces des puzzles devaient être toutes carrées parce que certains ont de la difficulté, qu'un puzzle est inutilement difficile et que tous le résoudrait plus rapidement s'il était découpé à la règle.


On permet dorénavant d’écrire « évènement » (au lieu d’événement) pour qu’il ressemble à avènement. La belle affaire : une fois qu’on sait que les deux mots ne s’écrivent pas de la même manière, on le sait ! Il faut en outre se souvenir que les deux mots ont été alignés sur « avènement » et non sur « événement »… Tout comme « règlement » et « réglementaire », qui peuvent s’écrire maintenant tous deux avec un accent grave, soi-disant (et non « soit-disant ») pour « simplifier », alors que « régler » garde obligatoirement un accent aigu...


Pareil avec une règle tarabiscotée par cette même réforme Rocard de 1990 : « Elles se sont laissées partir » peut s’écrire maintenant « Elles se sont laissé partir ». Super progrès ! Car ceux qui écriront « Elles se sont laissées battre » auront tout faux quand même !

 

La règle veut que l’on accorde le participe passé précédant un infinitif uniquement si le sujet fait lui-même l’action de l’infinitif. On doit écrire : « Elles se sont vues couler » car ce sont « elles » qui « coulent ». Mais « elles se sont vu dépasser » car ce ne sont pas « elles » qui « dépassent ». C’est une jolie règle de grammaire, originale mais facile à retenir; en autorisant à présent de ne pas accorder le participe passé précédant un infinitif quand il devait s’accorder (« Elles se sont laissé partir »), on complique tout inutilement, car accorder le participe quand il ne devait pas être accordé (« Elles se sont laissées dépasser ») restera faux. Quelle bande d’ânes...


Reste que j’ai beaucoup de tolérance pour les incorrections commises par les gens ; je ne les remarque même pas. Elles sont même parfois touchantes.


Sauf quand elles sont le fait de journalistes, responsables de la propagation pandémique de « l’écrit mou », ou de confrères avocats, payés plusieurs centaines de francs de l’heure pour avoir la décence d’éviter le « pensé mou ».


Dans le premier cas, je sursaute.

 

Dans le second (et non le « deuxième » puisqu’il n’y en a que deux), je me surprends à éprouver un plaisir dont je ne suis pas très fier : dans le jeu des forces en présence, la crédibilité de mon adversaire vient de prendre un sale coup sans aucune intervention de ma part, sur simple « double faute » de la sienne. Il ne s'en relèvera généralement pas.

 

Tout ça fait un peu vieux con, peut-être bien. Mais quel plaisir de présenter à un lecteur une oeuvre, même brève, où tout est pensé, précis, ciselé, rythmé. Que cela soit pour lui faire plaisir, pour le convaincre ou au contraire pour le démolir.

 

Ca n'est qu'une question d'efficacité : même mon interlocuteur ne se rendra pas compte des trucs de magicien qui ont été déployés pour que mon message touche exactement la cible qui lui était assignée. Il aura même souvent l'impression que l'opinion que je lui ai instillée vient de lui, que sa colère, sa joie, son enthousiasme, son dégoût, son indignation ou son empathie sont spontanés. C'est du grand art quand c'est bien fait.

 

Reste que si l'on ajoute aux trucs ci-dessus une ou deux dictées de quelques lignes bien choisies, l'écriture des nombres (on dit "page un" et non "page une"; on écrit deux cents, mais deux cent dix (sans s), etc.), des principaux mots composés et des mots courants réputés difficiles ("tout/tous"), ainsi que peut-être encore la conjugaison élémentaire et la révision des tournures de phrases du français commercial (dont les phrases de salutations le plus souvent absurdes), tous mes lecteurs seront capables d'écrire le français de manière plus que correcte en quelques heures tout au plus.

 

Oui, ceux qui y mettent du leur peuvent très spectaculairement changer de niveau d'écriture en quelques heures, quelles que soient leurs connaissances de départ ou leur expérience de la lecture, et même quelque réfractaires qu'ils soient a priori (sans accent sur le a puisque c'est du latin).

 

Il leur restera à atteindre ensuite un niveau d'excellence ; il s'apprend plus difficilement une fois adulte. Le rythme d'une phrase, la ponctuation à bon escient, le choix des mots pour leur force et leur sonorité, le sens de la concision, l'agencement subtil des idées et du discours en syllogismes discrets, l'adaptation de la forme au lecteur et aux ondes de force en présence.

 

Un professeur d'art oratoire me disait que choisir le beau plutôt que le bon, faire de la littérature quand il faudrait de la rhétorique de combat ("éristique") ou être bref, c'est préférer le boulanger qui fait délicieusement du mal au médecin qui fait douloureusement du bien. Il y a plein de jolies leçons du genre, qui me rappellent mes senseis successifs de karaté et les maximes qu'ils nous assénaient quand on s'y attendait le moins.

 

Tout ça, l'art oratoire au fond, fera peut-être l'objet d'un cours que je rêve de donner. Non que je m'estime arrivé au niveau d'excellence sus-évoqué (avec trait d'union alors que "susmentionné" n'en prend pas, grrr !), même après avoir gagné deux prix prestigieux de rhétorique et m'ouvrir jour après jour à écrire mieux que le veille.

 

Au moins ai-je appris à être sensible à cette musique, à cet art majeur qu'est l'expression - orale ou écrite - ; je me sens prêt à en promouvoir les perspectives, dont beaucoup semblent seulement ignorer l'existence.

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Published by Grégoire Rey - dans Sodomie de diptères
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