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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 07:14

Philippe Val parle de médias irresponsables pour ne pas avoir plus informé le public sur la montée de l'islamisme en France. C'est ici: https://www.facebook.com/video.php?v=10152703065049151.

Je ne peux pas m'empêcher de penser que Philippe Val a eu sa part d'irresponsabilité dans le drame d'aujourd'hui et que sa voix est en partie étranglée par la culpabilité qu'il ne peut que ressentir. Qu'il se convainc que toutes ces morts ne resteront pas inutiles parce qu'il en est malade à l'idée qu'il y soit pour quelque chose.

Et il aurait raison.

C'est sous sa rédaction en chef, en 2008, qu'ont été publiées ces caricatures, qu'on a remis la compresse une seconde fois et qu'on a eu ces Unes "bêtes et méchantes", où il était titré: "Le Coran, c'est de la merde" (http://twicsy.com/i/rYk8Ud). Qu'on s'acharne - certes non pas exclusivement sur l'Islam - mais sur ce que les gens ont de plus sacré.

Il a démissionné en 2009 et il l'a donc échappé belle, ce qui n'est certainement pas non plus facile à vivre en ce moment.

Je ne crois en rien, mais je n'ai pas plus goûté toutes ces agressions que le dessin de Jésus qui se faisait sodomiser par le Saint-Esprit.

Ce sont des sujets où l'on sait que l'on blessera gravement les gens. Comme si l'on plaisantait sur les mœurs prétendument légères de leur maman. Ca ne fait toujours rire qu'un seul des interlocuteurs. L'autre, parfois, fait semblant pour ne pas perdre la face ou pleurer devant tout le monde.

A quoi bon ?

On est bien loin du génial "bête et méchant" de Hara-Kiri, qui était cruel sans jamais chercher à blesser. Qui se riait des Biafrés qui crevaient de faim avec des lunettes de soleil Ray-Ban sur les yeux, expédiées par Terre des Hommes. Cette férocité dénonçait en second degré. Ou pas... mais s'était toujours posé ses propres limites, ne les dépassant qu'une fois par un jeu de mot bien innocent sur la mort de de Gaulle. Plaisanterie qui a eu raison du journal en une semaine.

Depuis, plus personne ne s'est posé de limite chez Charlie Hebdo. La liberté d'expression, couplée à la liberté de la presse, semble désormais absoudre sur l'autel de la satire, du droit à l'humour ou du droit à l'information toutes les vomissures les plus abjectes, du moment qu'elles sont publiées.

Alors évidemment, l'attentat de ce matin est abominable, indéfendable, et personne de sain de morale et d'esprit ne contestera que ces gens sont des monstres.

Mais on ne me fera pas penser pour autant que la liberté d'expression permet tout. On a souvent tué par des mots.

Il y a des mots qui tuent.

Celui qui me sort une horreur blessante en s'excusant d'être franc est de ceux qui, par imbécillité, confondent franchise et brutalité. Un con, quoi.

La liberté d'expression est une chose magnifique, qui se façonne et s'offre comme un paquet cadeau que l'on présente à des interlocuteurs. C'est un écrin qui protège le joyau que sont les idées, même quand elles ne sont pas les miennes. Même quand elles sont dangereuses. Même quand elles sont stupides.

Mais quand le message est une moisissure putride qui ne sert qu'à faire le mal, quand il est injure, calomnie ou méchanceté gratuite, il ne mérite pas d'être protégé. De fait, il ne l'est pas par notre droit ; c'est tant mieux.

Et non, je ne serai pas Charlie Hebdo.

Pas plus ce soir que jamais.

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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 13:47

Jolie histoire, comme tous les Disney et les Pixar https://www.facebook.com/video.php?v=10151649093174458&set=vb.192880889457&type=2&theater.

N'empêche, elle m'interpelle : lors de la discussion de la fin, où chacun a enfin la chance de se connaître, on n'imagine tellement pas le gars sortir des théories racistes, homophobes ou pour la peine de mort... Pas plus qu'on se figure la fille lui affirmer qu'elle serait une féministe radicale et castratrice, qu'elle se réjouit de l'internement à vie de délinquants ou qu'elle prônerait je ne sais quelle autre expression ordinaire de haine sociale.

Ce qui m'interpelle, ce n'est pas tant que ces jolies histoires ne comprennent que des personnages de bons sentiments, si peu représentatifs de leur spectateurs.

Non, ce qui m'étonne toujours, c'est que même les pires d'entre ces spectateurs se prennent assurément à rêver d'être à la place de ces personnages qui les font rêver, de faire partie de ces mondes meilleurs.

Alors pourquoi diable n'essaient-ils pas dans la vraie vie, hein ?

On est tous voués, pour peu qu'on se laisse aller, à la méchanceté, à l'aigreur et à la défense agressive de notre zone de confort. Nos propres peurs nous obsèdent, nous rongent et nous changent, qu'on le veuille ou non.

C'est pour ça qu'il est plus facile que de grandes théories de mettre en place des système D concrets qui aident à lutter contre ces petites inclinations vers le malheur. Pour la plupart, je ne les ai pas inventés... Ils viennent de philosophes, de conversations, de lectures ou du hasard. Je n'ai gardé que ceux qui marchent.

J'ai par exemple demandé à la maison qu'on ne dise pas du mal d'autres gens que s'ils posent un problème qu'il faut résoudre. Mais qu'on en parle alors objectivement, comme s'ils étaient là. "Ne jamais rien dire qui ne puisse être entendu par son pire ennemi", conseillait quelqu'un. Les langues de vipère empoisonnent de leur fiel en premier chef leur propriétaire.

Autre idée toute simple : je ne demande pas à mes proches comment s'est passée une journée ou comment ils vont, pour éviter les "Bien !" qu'on répond sans y penser. Mais de raconter, ou d'évaluer de 1 à 10 une journée, un cours ou une soirée, et de commenter.

Le soir, on se quitte systématiquement sur une histoire, lue tour à tour par la petite, par la grande et par moi. Ça nous entraîne tous à lire et à articuler, mais surtout c'est un rituel qui a mis fin, d'un coup, aux pleurs vespéraux de Diane quand elle avait un an. Ça rassure et ça apaise, y compris les soucis qui nous perturbent jusque dans nos rêves.

Le matin. C'est tellement facile de se lever le matin en cherchant un sujet de contentement, quelqu'un à remercier ou à se réjouir de voir plutôt que d'avoir comme première pensée que la vie est dure, qu'on va voir dans une heure un patron insupportable, qu'on a des factures à payer ou que les étrangers nous envahissent nos terres et nos âmes.

Ce n'est pas toujours chose aisée, mais cela peut entrouvrir une porte au bonheur quotidien, avant qu'on le "reconnaisse au bruit qu'il fait en sortant".

Moi, c'est ma fille Alix qui me réveille tous les matins, à 6h30, en venant dans mon lit me noyer de bisous. Ensuite je vais réveiller la petite, Diane, en faisant pareil. Et je m'efforce de trouver quelque chose de positif ou de drôle comme premiers mots à leur dire.

Les petits rituels de ce genre sont des variations infinies de la méthode Coué: même dans les périodes difficiles, ils permettent au moins de tirer son entourage vers le haut.

Après, tout peut arriver... mais la journée part au moins avec une dose d'énergie en réserve qu'elle n'aurait pas quand le premier regard du matin sur ce monde a déjà quelque chose de découragé.

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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 13:18

Je paie très cher les deux kilos que j'ai repris ces deux semaines...

Vite vu : je ne tiens plus le coup sur une heure intensive de karaté, alors que ça passait tout seul la dernière fois, même ici à Marrakech où on s'entraîne particulièrement dur. J'en sors mort, exténué et j'ai été à la limite de la nausée sur toutes les dix dernières minutes. Et j'ai mis un quart d'heure à m'en remettre.

Le pire, c'est que c'est un cercle vicieux: devoir se traîner démotive. Et la démotivation entraîne l'inactivité, l'inactivité le surpoids, le surpoids fait qu'on se traîne encore plus, etc.

Ça m'a toujours frappé de constater à quel point tout concourt à la défaite plutôt qu'au succès. A ce qu'un avion retombe, qu'un bateau coule, qu'une automobile s'arrête, qu'un funambule penche à droite ou à gauche sans jamais pouvoir se reposer...

C'est un combat contre nature qu'on doit tous mener pour freiner l'inéluctable, la vieillesse et la mort.

Même le bonheur n'est pas naturel : la vie semble programmée pour la déchéance et la mort, et surtout pour nous confronter à d'épouvantables et innombrables épreuves de séparation. On est séparé au forceps de nos enfants quand ils font leur vie et de nos parents quand ils la perdent. Et il faut se debattre contre tous les autres soucis dans l'intervalle.

Je crois que pour être aussi heureux qu'on peut l'être, il faut aller chercher ces petites joies ordinaires de tous les jours par un combat de chaque instant, sans jamais rien lâcher.

Ces deux kilos signifient beaucoup. Dans cette période de stress intense, je me suis oublié. J'ai probablement été un moins bon compagnon, un moins bon fils, un moins bon patron et un moins bon père. Sans que ça me rende meilleur en quoi que ce soit d'autre d'ailleurs. En creusant, je pense qu'on peut constater que jai fait d'inhabituelles erreurs dans mon métier et dans mon avion.

Tout ça parce qu'un peu moins disponible pour mon propre équilibre.

On me demande parfois comment j'ai perdu ces 25 kilos, cette année. Certainement en m'aimant davantage et en prenant un peu plus soin de moi. Le reste suit tout seul.

C'est le départ qui est plus difficile, trouver l'énergie ou la motivation d'aimer davantage un corps ou une âme qui se sont laissé aller au point de ne plus avoir grand chose de très sexy à aimer.

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 14:05

Je regardais l'épisode 10 de la 3ème saison de cette excellente série d’avocats américains, "The good Wife". Une jeune femme engoncée dans un tailleur strict, chignon austère, déclarait au Tribunal sous serment: « L’homosexualité est une perversion. C’est ce que dit la Bible dans le livre du Lévitique, chapitre 18, verset 22 : « Tu ne coucheras pas avec des hommes comme on couche avec les femmes : c'est une abomination. » « Je ne suis pas homophobe, précisait-elle, c’est juste la parole de Dieu ».

Moi qui m’étais toujours laissé dire que notre Sainte Bible ne comportait qu’amour et tolérance, je demandais à voir… Je suis donc allé contrôler de mes yeux, de la même manière que je m’étais jadis précipité sur un dictionnaire lorsqu’on m’eut soutenu qu’imbécillité prenait deux « l » et que « bayer aux corneilles », « acquît de conscience » ou « au temps pour moi ! » ne s’écrivaient pas comme je l’avais toujours fait.

Contre toute attente, cette phrase assassine figure bien telle quelle dans le Lévitique, ce livre de la Torah juive devenue une partie de notre Ancien Testament.

Histoire de me familiariser un peu davantage à une Loi de Dieu que je connaissais décidément bien mal, je poursuivis ma lecture plus avant. Croyez-le ou non : j’en ressors avec plus de questions que de réponses.

Je m'adresse donc à tous les savants de la morale chrétienne ; qu'ils m'éclairent, s’il leur plaît.

Par exemple, je veux vendre ma fille comme servante, tel que cela m’est proposé dans le livre de l’Exode, chapitre 21, verset 7. Quelqu’un a une idée sur un prix de départ ? N'y aurait-il plus de nos jours que les fervents religieux qui accepteraient de me l'acheter, histoire d'obéir aux Textes Saints ? Heureusement pour mes angoisses de brave Pater Familias, remarquez, la Parole de Dieu précise: "Si un homme vend sa fille pour être esclave, elle ne sortira point de chez elle comme en ont le droit les esclaves masculins." Me voilà rassuré : au moins elle ne fera pas de mauvaises rencontres en dehors du lit de celui qui l'aura achetée.

Le Lévitique, chapitre 25, verset 44, enseigne aussi que j'ai le droit de posséder des esclaves, hommes ou femmes, majeurs ou mineurs, à condition qu’ils soient achetés dans des nations voisines. Un ami prêtre me dit que c'est applicable aux Italiens voire aux Portugais, mais pas aux Français. Pourriez-vous m’éclairer sur ce point ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas posséder d'esclaves français ? Il n’y a qu’eux que ça m’amuserait de faire bosser à coups de pieds dans l’arrière-train…

Ah, j’ai un voisin qui s'est mis à travailler le samedi, je le sais: je l'ai vu ! L’Exode, chapitre 35, verset 2, dit clairement qu’il doit être mis à mort. Suis-je vraiment obligé de le tuer moi-même ? Pourriez-vous me réconforter sur ce point, Ô vous érudits des textes saints et de leurs arcanes absconses ?

Autre chose : le Lévitique, chapitre 21, verset 18, dit qu’on ne peut pas s’approcher de l’autel de Dieu si on a des problèmes de vue. Aïe ! Malgré que je sois pilote d'avion, j'ai une légère myopie doublée d'un rien d'astigmatisme, j’en confesse. Oh, pas grand chose: respectivement 0,25 et 0,5. L'acuité visuelle doit-elle vraiment être de 100% pour approcher Dieu ou ses représentants ? La presbytie interdit-elle donc tout presbytère ? N'existe-t-il donc aucun astigmate du Christ ?

Un de mes amis pense que même si c’est « abominable » de manger des fruits de mer (Lévitique 11, verset 10), l’homosexualité est « encore plus abominable » et que la mort du libertin devrait être plus lente et plus cruelle que celle de celui qui aura commandé des gambas. Je ne suis pas d’accord. Pouvez-vous solutionner notre différend ? Baudelaire disait la femme « naturelle, c'est-à-dire abominable »... Qu'ont-ils donc tous avec ce mot ?? Faut-il voir l'empreinte du diable dans le fait que Stromae n'ait pas encore chanté "Tu es abominable. Je suis un nabot minable" ?

Presque tous les gens que je connais de sexe masculin vont chez le coiffeur pour se faire couper les cheveux, y compris autour des tempes. Si si, je suis prêt à le jurer sur la Bible ! Voire, dans ce qui s'apparente à un onanisme capillaire, ils s'y emploient eux-mêmes dans le secret de leur salle de bain. Tout ceci est formellement interdit par Le Lévitique (19:27). Comment doivent-ils mourir, puisque c'est ici aussi la seule punition que la Bible prévoit ? La punition n’est-elle pas un peu permanente ? N'est-elle pas même tirée par les cheveux ?

D’aucuns ne respectent pas non plus ce qu'impose le Lévitique, chapitre 19, verset 19 : "Vous observerez mes lois. Tu ne porteras pas un vêtement tissé de deux espèces de fils." J'ai surpris ma cousine à porter des vêtements faits de différents tissus, coton et soie. La garce !

J’ajoute que son mari passe ses journées à médire sur les autres, voire à blasphémer par des « Nom de Dieu ! » à chaque fois qu’il est contrarié. Est-il vraiment nécessaire d’aller jusqu’au bout de la procédure embarrassante de réunir tous les habitants du village pour lapider ma cousine et son époux, comme le prescrit le Lévitique, chapitre 24, versets 10 à 16 ? On ne pourrait pas plutôt les brûler vifs au cours d’une simple réunion familiale privée, comme ça se fait avec ceux qui dorment avec des parents proches, comme prévu au chapitre 20, verset 14 ? Merci de me faire profiter de votre bon sens éclairé.

Quand je brûle un taureau en sacrifice sur mon balcon, j'ai lu que la sainte odeur qui s'en dégage est « apaisante pour le Seigneur » (Lévitique, versets 1 à 9). Le problème, c’est mes voisins : ils ne parviennent pas à admettre - bougres d’impies hérétiques ! - que cette odeur soit divinement apaisante. Puis-je les châtier en les frappant ?

Je sais que l’on ne me permet aucun contact avec une femme tant qu’elle est dans une période de menstrues (Lévitique 15, versets 19-24). Le problème est : comment s'en assurer ? Avant d'arrêter de fréquenter des filles, j'avais bien essayé de demander dès la première rencontre si elles avaient leurs règles, histoire de ne pas faire de faux pas indélicat. Eh bien figurez-vous que la plupart d’entre elles s’offusquent de ces saintes précautions… Et puis, est-ce que ça vaut également pour les amants en période hémorroïdaire ? Ah non zut, j'avais oublié : même avec une tuyauterie en état irréprochable, la chose reste de toute façon abominable…

Autre question qui me ronge: existe-t-il des croyantes féministes ? Comment accommoderaient-elles leurs revendications de femmes libérées et leur foi, devant cette phrase du Lévitique 19, verset 20 : « Lorsqu'un homme couchera et aura commerce avec une femme, si c'est une esclave fiancée à un autre homme, et qui n'a pas été rachetée ou affranchie, ils seront châtiés, mais non punis de mort, parce qu'elle n'a pas été affranchie. » Bon, il faut dire aussi, à la suite du Lévitique 20:16, que les femmes de l'époque avaient de drôles de mœurs puisqu’il a fallu prévoir que « si une femme s'approche d'une bête pour se prostituer à elle, toutes les deux doivent être mise à mort et recouvertes de leur sang impur. »

Mon ami Felice m’assure que tout ceci n’est qu’Ancien Testament et que les Evangiles sont bien différentes, surtout vis-à-vis de la femme.

Ah.

Pour Tertullien pourtant, ce père de l’Eglise du 2ème siècle après Jésus-Christ, la femme est responsable de la mort du fils de Dieu et doit se couvrir de honte en portant des haillons et, sur la tête, un signe éternel de sujétion à l’homme. Saint Jérôme, 300 ans plus tard, lui dit même : « La femme est la porte du Diable ! Elle n’est que cendre, foin, sale pourriture qui a tiré son origine d’une vilaine semence. »

Quant au texte du Nouveau Testament lui-même, citons-le littéralement, puisqu'il s'agit de parole d'Evangile : « Je veux que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l'homme est le chef de la femme », rappelle l'Epître de Paul aux Corinthiens (11:3),

et encore : « Que les femmes se taisent en public; il ne leur est pas permis d'y parler, elle doivent obtempérer comme le veut la loi. Si elles souhaitent une explication sur quelque point particulier, qu'elles interrogent leur mari chez elles, car il n'est pas convenable à une femme de parler en public » (1ère Epître aux Corinthiens / 14:34-35),

ou aussi « Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur; car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l'église, qui est son corps, et dont il est le Sauveur. Or, de même que l'Eglise est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l'être à leurs maris en toutes choses » (Epître aux Ephésiens 5:22-24).

Finissons ces quelques extraits au hasard : "Que la femme écoute l’instruction des hommes en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre de l'autorité sur l'homme: mais elle doit demeurer dans le silence. C'est Adam a été formé le premier, Eve ensuite ; et ce n'est pas Adam qui a été séduit, mais c'est la femme qui séduite, s'est rendu coupable de transgression. » (1ère Epître de Timothée / 2:11-14).

Ajoutons tout de même, pour la défense du féminisme évangélique, qui a eu chaud : « La femme sera néanmoins sauvée en devenant mère, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté » (1ère Epître de Timothée / 2:15).

Expliquez-moi au passage l'histoire d'Adam et Eve, qui n'ont eu comme enfants que Caïn et Abel, deux hommes. Eh oh... ils nous l'ont peuplée comment, notre planète ?

Pourtant, j’ai essayé… Je lisais la Genèse à ma fille, un soir où je me suis dit qu'il fallait un chouïa d'éducation religieuse quand même. Je tentais de ne pas sourciller : « Noé avait atteint l'âge de 500 ans quand il eut trois fils, Sem, Cham et Japhet. Après avoir vécu en tout 930 ans, il mourut. A l’âge de 105 ans, Seth eut un fils, Énos. Après la naissance d’Énos, Seth vécut encore 807 ans. Il eut d’autres fils et des filles. Après avoir vécu en tout 912 ans, il mourut. »

Ça, c’est donc l’Evangile, le Nouveau Testament, la Bible dans ce qui y est écrit de plus récent et de plus déterminé à travers les siècles des siècles.

Je regardai ma fille, qui souriait. J’ai refermé ma « Bible illustrée ». et lui ai raconté à la place un énième épisode des Histoires de Cocaïne, la chatte noire que j'avais il y a 20 ans et qui passait d'appartement en appartement dans l'immeuble où j'habitais, pour, en compagnie de ses fidèles acolytes Artur le tigre aux dents de sabre, Albert le bébé acrobate, Papi le Papillon et Bibique la chèvre diabolique, se battre contre les monstres, les fantômes, les mauvais esprits et, dans ce qui serait son combat final, mon voisin de la cave, Louis Cyfrès, le diable lui-même caché sous un pseudonyme à peine déguisé. Beaucoup plus crédible que la parole de Dieu.

Ajoutons tout de même, par souci d’équité, que l'islam n'est pas en reste.

Allah, dieu qui se prétend évidemment universel, a ordonné à tous ses croyants de ne rien s'introduire par la bouche et l'anus (sic!) du lever au coucher du soleil, pendant le jeune du Ramadan. Pour le musulman suédois, norvégien ou lapon, qui voit le soleil se lever en juin et se coucher en septembre, l'alimentation par perfusion intraveineuse est-elle autorisée ou vit-il dans le péché pour ne pas s'être laissé mourir de faim ?

Merci donc aux dévots de tous horizons de nous rappeler, avec force références et leur habituelle assurance, que les lois de Dieu sont éternelles, inaltérables et d'une sagesse indiscutable.

Bien sûr qu'on a appris à ne plus lire les textes saints de manière littérale, et de les adapter avec l'évolution de nos connaissances. Comme un enfant ou un délinquant adapte son histoire quand il se rend compte qu'elle n'est plus crédible… Sans l'inventivité des hommes pour adapter leurs mythes au fil du temps, il y a belle lurette que plus personne ne croirait en les sornettes telles qu'elles ont été pondues à l'origine.

Me voilà dans l'intervalle plus convaincu que jamais que nous nous raccrochons à toutes ces fadaises par seule peur de la mort et du néant insupportable que représenterait une éternité sans vie éternelle.

Surtout quand je pense que les dix principales religions sont toutes convaincues de détenir chacune le seule Vérité.

Cela me met même en colère de constater qu’elles ont toutes été prêtes, à un moment où à un autre, à torturer et à tuer pour l’imposer.

Tout ça ne laisse guère place qu’à une seule pensée rationnelle : les croyances, quelles qu’elles soient, sont une bénédiction de l’intelligence humaine lorsqu’elles rendent l’homme meilleur et le poussent à faire le bien autour de lui. Grand bien lui fasse alors qu’il y trouve le réconfort face à sa mort ou à celle de ceux qu’il a aimés.

Mais quand ces mêmes croyances l’amènent à exclure et à tuer son prochain, il est bon qu’il se rappelle qu’elles ne sont que le fruit de l’imagination de quelques ancêtres illuminés.

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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 10:53
Pavé de bonnes intentions

Les Arabes, leur religion, les faits divers de là-bas, les peurs d'ici.

Tu vois, Jean, cher "ami Facebook"...

Tes billets soulèvent souvent des questions intéressantes et de manière toujours aussi mesurée qu'intelligente, mais ce genre de sujets drainent une telle haine que le message de départ s'en trouve souillé comme par un flot d'excréments.

Pour moi, la vraie vermine, celle qui ronge notre société de l'intérieur, c'est cette haine irrationnelle que certains ressentent et vomissent sur leur passage. Les victimes de cette bile noire sont si mal dans leur peau qu'ils en sont devenu le Mal absolu, peut-être malgré eux.

Je n'aime pas l'Islam intolérant ou violent, et il me fait peur comme à tout le monde. Pas tant parce que c'est un visage de religion qui, plus que tous les autres, est prêt à tout pour imposer sa vérité. Mais parce que leurs adeptes les plus fanatiques ont précisément cette même merde dans le cœur que les racistes tout aussi fanatiques qui en souhaitent l'extermination.

Marrant, ce sont généralement les mêmes qui chassent, qui aiment la corrida, qui sont pour la peine de mort, qui sont homophobes, racistes et antisémites, qui utilisent des majuscules pour s'exprimer, qui sont insupportablement ignorants ("ça m'étonnerait que...": donc "J'en sais rien mais je m'en fous !") et qui rêvent de voter plus à droite que votre Front National.

Ces gens, qui se sont laissés moisir de l'intérieur, sont irrécupérables. Je n'argumente jamais avec eux, quel que soit leur camp. Je les évite juste, en évitant de lancer des sujets polémiques qui échapperaient à mon contrôle.

Et pourtant, dieu sait si les incohérences des religions m’amusent, à commencer par leurs livres saints, Bible comprise... de lire qu’Allah, seul dieu universel, aurait décrété que pendant le Ramadan tous les musulmans devraient jeuner du lever du soleil jusqu’au coucher, ce qui revient à dire que les pauvres musulmans norvégiens devraient jeuner pendant six mois... De lire que Adam et Eve auraient été les premiers humains, qu'ils ont eu deux fils, Caën et Abel, et que le reste de l'humanité serait donc descendue de deux garçons... De lire dans l'ancien testament que les premiers sages ont vécu qui 300 ans, qui 500 ans... Que les juifs ont déduit de la phrase "Ne mange pas l'agneau dans le lait de sa mère" qu'il fallait désormais ne consommer que casher et ne pas mélanger les pattes à vaisselle qui essuient les plats à viande de ceux qui essuient les fromages... De voir mon âme sœur bouddhiste caresser le vendre de Bouddha depuis toujours, dans la conviction que cela apporte à coup sûr bonheur et argent... Que si les dix principales religions soutiennent détenir la seule Vérité, c'est que mathématiquement toutes sont une invention légitime de l'humain, qu'il plébiscite par sa peur de mourir.

Pourtant dieu sait si ma révolte est intacte quand je constate qu'en prenant Mahomet pour modèle (il aurait épousé Aisha alors qu’elle avait 6 ans mais aurait sagement attendu qu’elle en ait eu 9 pour avoir des relations sexuelles avec elle (http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89pouses_de_Mahomet), certains pays musulmans, encore aujourd’hui, marient des filles aussi jeunes, de l'âge de mes filles, à de vieux bedonnants libidineux.

L’immense majorité des musulmans éprouve toutefois la même horreur que nous à l’idée de coucher avec une enfant, de lapider une femme, de lui donner des coups, de la voiler de force ou de se faire sauter sur une bombe.

L’islam, le Coran et ce qu’on en a fait prêtent à ce genre de débordements, c’est un fait. Satis constat.

Personne de raisonnable ne peut non plus nier que le drill religieux qu’on impose dans ces sociétés dès l’enfance en lieu et place de l’ouverture vers les sciences humaines, la philosophie et la liberté de pensée et d’opinion, tire ces peuples vers le bas. Il suffit de voir que les musulmans sont 25% de la population mondiale et les juifs 0,2%, mais que ces derniers ont remporté 1'500 Prix Nobel contre 8 seulement pour l’ensemble des musulmans.

Il n’en demeure pas moins que l'immense majorité de ces gens n’ont pas demandé de naître et de grandir dans ce milieu et avec ces principes que leurs ancêtres leur ont légués.

Que la plupart d’entre eux ont une seule femme, qu’ils traitent aussi bien que mes voisins genevois, qu'ils sont d'aussi bons pères et de bonnes mères que nous en trouvons ici, qu'ils font leurs prières dans l’intimité de leur foi sans intolérance pour les autres et sont ouverts à ce que leur religion semble pourtant condamner a priori.

Mais pour accepter de voir ça, il faut avoir laissé ses tripes de côté, avoir été capcble de relativiser les choses (la méchanceté des uns n’est pas forcément celle des autres ; surtout, la méchanceté n’est pas forcément du côté que l’on croit), et de s’ouvrir à l’autre pour en faire connaissance.

J’ai des amis fantastiques dans plusieurs pays arabes, même si j’enrage de voir que certains préfèrent aggraver une maladie plutôt que d’avaler un médicament pendant le jeune du Ramadan. Ils sont les premiers à en baver, mais c’est comme ça.

Et – surtout ! - ça ne change pas ma vie.

J’ai eu l’occasion de voir que certains donneraient leur vie pour sauver la mienne et que la force des sentiments qu’on ressent dans ces pays est souvent bien plus émouvante qu’inquiétante.

Je suis avocat. Je t’assure que si les bagarres de rue sont à Genève généralement le fait des Arabes ou des Yougoslaves, si le trafic d'héroïne passe par les ressortissants des Balkans, que si le trafic de cocaïne est sous le quasi monopole de l’Afrique noire, les cambriolages des Georgiens, si les escroqueries ridicules du genre "wash wash" ont été inventées par des Zaïrois, si les centaines de faux Premiers Ministres qui souhaitent expédier des millions en Suisse sont ivoiriens et si la mendicité est terriblement roumaine, les crimes vraiment abjects sont commis par des gens bien de chez nous.

Les Fourniret, Dutroux, Emile Louis, les Alègre et tous ces ogres aimaient les petites filles.

Celui qui en prendrait prétexte pour détester tous les Français, tous les Belges, voire tous hommes hétérosexuels serait aussi cohérent que ceux qui condamnent les musulmans pour leur religion telle que les moutons noirs de chez eux ont décidé de l'appliquer.

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Published by Pyrame - dans Lancé de pavé
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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 11:33
Du bonheur

On m'a envoyé cette image ce matin.

L'alternative, posée comme ça, est fausse : certains se recouchent sans rêve, uniquement parce que le temps passe plus vite en dormant, en se droguant ou en jouant à des jeux qui occupent l'esprit...

L'accélération du temps est un signe de perte du goût de vivre: c'est le contraire du carpe diem; c'est le refus de la vie et des problèmes qu'on y voit.

J'entendais un philosophe sur la RTS1 il y a quelques jours. Il parlait du bonheur. Celui-ci n'est selon lui que la prise de conscience des petites joies qu'on a tous, tous les jours. Et la faculté de relativiser les petits problèmes qu'on a tous, tous les jours. Un sourire qu'on nous fait ou qu'on provoque ou le goût d'une tartine sont des petites joies. Les dettes, une santé défaillante ou des relations personnelles dégradées sont des petits problèmes avec lesquels on peut tout à fait vivre sans y penser en permanence.

Ne jamais oublier: On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait en sortant...

Il est très difficile de profiter de ses instants de bonheur car il est très difficile de les identifier. Le bonheur est un non-événement. Quand tout va bien, on ne se rend jamais compte de rien. C'est quand la machine se grippe qu'on s'aperçoit que c'était mieux avant. Et que c'est trop tard.

Voilà pourquoi l'homme est enclin au malheur: seule la douleur est une sensation.

D'où ce magnifique mot d'ordre : "On a tous deux vies. La seconde commence quand on se rend compte qu'on n'en a qu'une."

Je suis persuadé qu'être heureux suppose un effort, un exercice conscient, une hypervigilance régulière qu'on peut entraîner.

Déjà en se disant, tous les matins comme on prend son café: "Quelle belle journée", ou "Quelle chance j'ai d'avoir dormi dans les bras de quelqu'un", ou "Chouette, je n'ai mal nulle part", ou "Quelqu'un m'attend"...

Sans oublier de dire à l'autre: "Je tiens à toi", "C'est une belle journée", "Je me réjouis de te revoir ce soir", "Tu est décidément plus joli que jamais".

Je disais à mes filles qu'un simple sourire ou un merci à un balayeur de rue, ou à ceux que d'aucuns regardent habituellement de haut, illumine une journée, voire une vie.

Ça ne coûte rien et faire du bien autour de soi est aussi quelque chose qui rend heureux.

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Published by Pyrame - dans Intime
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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 18:36

Je sors de cette audience d'appel avec un président qui, pendant 10 minutes, m'a dit à quel point mon intervention en plaidoirie était "blessante".

Je venais d'exprimer, pendant près de 30 minutes, le dégoût et la tristesse d'une partie de ma profession face à une justice pénale qui n'en est plus une, avec des juges qui ne font plus l'effort de se forger une intime conviction à la force du poignet.

Qui préfère condamner sommairement plutôt que d'acquitter quand la réflexion et la sagesse le commanderaient si on y faisait encore appel.

Qui distribue des jours de prison sans plus aucun état d'âme.

Qui fait du délit de faciès une règle de fonctionnement sans même s'en cacher-

Qui a inventé des oreillers de paresse lui permettant de juger avec arbitraire sans que la loi ne l'interdise plus, comme le dol éventuel (presque toute négligence devient intentionnelle);

Comme la coactivité (toute fréquentation d'un criminel pendant un délit fera de toi un criminel au même titre que lui);

Comme l'appréciation anticipée des preuves, permettant à un juge de préjuger avant la fin d'une affaire, sans que cela soit considéré comme un préjugé;

Comme la possibilité de prononcer un verdict plusieurs mois après une audience, alors que toute la magie qui a pu s'en dégager n'est plus qu'un dossier de papier;

Comme la disparition du jury populaire, qui était parfois beaucoup sévère qu'un juge, mais qui - au moins - jugeait l'esprit non encore trop perverti par la routine, la fréquentation de la lie de l'humanité à longueur de journées et les rapports de force avec les avocats;

Comme un magistrat suprême qui, faisant à lui seul toute la jurisprudence pénale genevoise, s'est vanté en public de n'avoir jamais accordé une mise en liberté de sa vie.

Je demandais au président de se poser la question, dans l'intimité de son for intérieur, de quand datait son dernier acquittement, son dernier doute, sa dernière ouverture d'esprit sur ces accusés qu'il est payé pour châtier et qui sont si faciles de voir comme des coupables avant même leur entrée en salle d'audience.

Je rappelais qu'il était des grands juges, de ceux qui - face à la facilité, aux raccourcis, aux mensonges d'un accusé, d'une répulsion palpable et méritée qu'on ressent pour lui, ainsi qu'aux anathèmes unanimes de tous, avocats parfois compris - percevait les warnings de l'erreur judiciaire s'allumer dans un coin de leur sagesse.

Je déplorais que des gens formidables, amis d'enfance, de belles âmes comme personne, s'étaient abîmées jusqu'à l'aigreur en quelques mois d'un régime terrible, qui n'épargnait aucun d'eux : se lever tous les jours dans l'unique perspective de châtier son prochain.

Je ne m'étais jamais autant emporté contre le système, en audience publique. Tout se prêtait ici à me révolter par avance: des Guinéens, trafiquants de cocaïne (pléonasme ?), crétins jusqu'au bout des doigts ou capables d'une mauvaise foi que je ne peux imaginer possible, une peine très lourde prononcée au terme d'une audience et d'un verdict de première instance aussi assassins que lapidaires, des policiers unanimes dans la caricature, des quantités de drogue à donner le vertige, une bande organisée pour l'appât du gain facile.

Mais des condamnations de première instance injustifiées, sur la base d'un dossier gonflé par une police qui se prend à ce qui est un jeu pour elle, une chasse à courre, avec des règles qui lui sont propres et qu'on peut - cela arrive de plus en plus souvent - résumer par "la fin justifie les moyens".

Non ! Je m'insurgerai jusqu'à la mort qu'on condamne même un salaud pour des crimes qu'il n'a pas commis !

N'importe lequel des badauds lambda, interrogé sur un coin de trottoir, aura néanmoins à l'esprit: "Qu'on les pende, tous autant qu'ils sont !"

Un juge, dans mon esprit, dans mon souvenir (!), n'est pas un badaud lambda.

Et tant pis s'il nous faut sortir du rôle de gentil élève que d'aucuns d'entre eux aimerait nous voir tenir.

Je porte la robe, que diable ! A moi d'en être digne !

Et la seule dignité de l'avocat, c'est de résister.

Je n'ai pas insulté la Cour, qui ne recevra évidemment jamais la lettre d'excuses qu'elle a osé souhaiter à haute voix, me donnant d'ailleurs en cela raison par la façon dont l'avocat est perçu par le pouvoir judiciaire d'aujourd'hui.

Je ne l'ai pas insultée : c'était bien plutôt un cadeau... Un ressenti et un rappel à l'ordre des soldats que nous sommes, à elle - trop haut perchée sur son piédestal pour entendre les souffrances qu'elle inflige sans y penser.

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Published by Grégoire Rey - dans Grrr !
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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 12:20
1375245_10201429660897694_1244849533_n.jpgMonter dans cette merveille de technologie et de puissance, stationnée entre un jet privé et un gros porteur, à quelques minutes de chez soi ;
Eprouver à la mise à feu, à l'accélération puis à la rotation la victoire sur ce qui a jusqu'à peu été considéré comme physiquement impossible ;

Arracher ces presque deux tonnes du sol où la beauté et le bonheur se gagnent à coup de combats, de soucis et d'argent;

S'élever à une hauteur où plus rien ni personne ne peut nous atteindre ;

Prendre une route que jamais personne n'avait empruntée auparavant ;

S'arroger la liberté arbitraire de tourner autour d'un chamois ou, à l'inverse, de tracer une ligne droite à près de 400 km/h vers la destination de son choix, si lointaine qu'elle serait inatteignable autrement ;
Ou si proche que prendre un avion était d'un ridicule mais extraordinaire superflu ;

Apprécier que depuis quinze ans d'aventures aériennes à travers le monde, aucun policier, aucun douanier ni aucune autorité ne soient venus contrôler l'intérieur d'un de mes avions : les pilotes savent qu'on ne triche pas si l'on veut rester vivant ;

Se rendre compte que le chemin le plus court entre deux points n'est pas la ligne droite, mais le rêve ;

Se foutre d'ailleurs complètement des lignes droites et des chemins les plus courts ;

Exprimer ce qu'on a de plus beau en soi: l'anticipation, la précision, la manifestation permanente d'un savoir-faire maîtrisé, la compréhension absolue de ce qui se passe, les égards pour les autres, le goût du partage, la droiture ;

Se sentir immunisé de tout stress, de toute tristesse, de toute colère, de la jalousie, du racisme, de la haine et de tous ces mauvais sentiments qui pourrissent l'âme de ceux qui rampent au-dessous de la ligne d'horizon;

Être maître des battements de son cœur, qu'on peut accélérer ou apaiser à volonté, en quelques secondes  et au prix de risques consentis avec malice ;_DSC0335.JPG

Chercher à vivre ces émotions avec d'autres, qu'on a choisis à ses côtés ;

Voir pleurer quelqu'un d'émerveillement, plongé dans une troisième dimension qui leur a été réservée l'espace d'un moment ;

Rassembler parfois en une seconde ce qu'on a de plus fort pour vaincre l'envie qu'a l'avion de tomber, comme le  bateau de couler, l'amour de s'essoufler, la santé de disaraître ou la vie de s'arrêter.

Voler.
Traite-moi de ce que tu voudras, esprit chtonien : j'ai rendez-vous avec l'absolu à chacune de mes évasions.

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Published by Pyrame - dans Intime
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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 01:00

 

Il y a des mots qui marquent, qui en appellent d’autres, qui font voyager dans ce qu’on enferme d’émotions et de non-dits.

 

mots-qui-comptentComme une musique sans parole, des paroles sans paroles somme toute, je vous livre pêle-mêle les chemins en méandres tortueux vers les rêveries qui furent les miennes depuis enfant, pavé des mots phares.

 

Je n’ai jamais eu d’idoles en chair et en os, mais j’en ai eu et j’en ai encore en lettres et en notes. Elles rejoindront peu à peu ces pages, au fur et à mesure qu’elles me reviendront, à l’image d’un journal du passé.

 

Leurs auteur ne sont pas même cités : seul importe ce qu’ils ont dit, écrit ou chanté, quelles qu’aient été leur réputation, leur légitimité ou ce qu’ils ont pu penser par ailleurs. Surtout que certains de ces extraits sont de moi…

 

La plupart du temps, il s’agit de figures de style donnant à des mots les moyens de faire voyager l’âme. Ces chrestomathies, ces peintures de l’esprit, reflètent – mais aussi appellent lorsqu’on les lit – ce que l’humain a de plus noble, de plus touchant ou de plus fort.

 

Elles méritent qu’une page entière soit consacrée à chacune d’elles.

 

Prenez ma main et suivez-moi...


 

 


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D’abord quelques lignes de conduite, et autant de lignes de vie. Pour ne pas passer à côté des petites choses qui font qu’une vie est en fin de compte heureuse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait en sortant."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"On a tous deux vies. La seconde commence quand on se rend compte qu'on n'en a qu'une seule".


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Je crois que tout se résume à un simple choix: dépêche-toi de vivre, ou dépêche-toi de mourir."


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

"Le chemin le plus court entre deux points? Ce n'est pas la ligne droite, c'est le rêve".


 

...Et la réponse de ma fille de 6 ans, alors que je crânais en lui citant cette jolie pensée : "Si c'est le rêve, pourquoi alors tu veux que ce soit court ?"  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Ne dis jamais rien qui ne puisse être entendu par ton pire ennemi."

 


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Ce très beau passage de chanson va dans le même sens : si la vérité est souvent ailleurs, ce n’est jamais le cas du bonheur :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"On croit les gens heureux

Parce qu'on ne les connaît pas

On ne vit pas chez eux

Leurs blessures ne saignent pas"


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D'ailleurs, le bonheur des uns... n'est pas forcément celui des autres :

 

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Pour la beauté du geste, un florilège de figures de style en quelques mots : j’en recense une douzaine. Que c’est bien écrit, pour une chanson.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bateaux prisons, chargés d’ébène

Champs de coton et chants de haine

Chansons d’espoir, chansons d’adieu

La musique noire, elle était bleue.

La terre des hommes, la terre du feu

Celle qui a sacrifié ses dieux

Comme une orange elle était bleue.

 

 


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Ce poème de Goethe me poursuit depuis le cycle d’orientation et je le sais par coeur depuis. Ni Michel Tournier ni Schubert n’y ont apporté quelque plus-value que ce soit. C’est un joyau qui se suffit à lui-même. Je me fais pleurer tout seul rien qu’à me le réciter.

 

 

Je vous le reproduis en entier, tellement ce texte est beau.

 

La traduction est la mienne. Elle est donc libre. J'ai mis en majuscules les interventions abominables du Roi des Aulnes à l'égard de l'enfant, qu'il va finir par tuer.

 

Ce qui est terrible, c'est qu'entre la première strophe, où le père tient l'enfant normalement "in dem Arm" (sous son bras) et le dernier où il l'agrippe de toutes ses forces ("in Armen/ in seinen Armen", deux fois au pluriel: "de ses bras, dans ses bras), la progression dramatique du délire de l'enfant est à couper le souffle. Le père sent son fils lui échapper, sans rien pouvoir faire pour lui. Le cauchemar absolu... 

 

 

 

 

 

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Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?
Es ist der Vater mit seinem Kind.
Er hat den Knaben wohl in dem Arm,
Er fasst ihn sicher, er hält ihn warm.
 

 

– Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht ?

– Siehst Vater, du den Erlkönig nicht !
Den Erlenkönig mit Kron’ und Schweif ?

– Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif.

„DU LIEBES KIND, KOMM, GEH’ MIT MIR !
GAR SCHÖNE SPIELE, SPIEL ICH MIT DIR,
MANCH BUNTE BLUMEN SIND AN DEM STRAND,
MEINE MUTTER HAT MANCH GÜLDEN GEWAND.“
 

 

Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht,
Was Erlenkönig mir leise verspricht ?

– Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind,
In dürren Blättern säuselt der Wind.

 

„Willst feiner Knabe du mit mir geh’n ?
Meine Töchter sollen dich warten schön,
Meine Töchter führen den nächtlichen Rhein,
Und wiegen und tanzen und singen dich ein.
 

 

– Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort
Erlkönigs Töchter am düsteren Ort ?

– Mein Sohn, mein Sohn, ich seh’ es genau,
Es scheinen die alten Weiden so grau.

 

„ICH LIEBE DICH, MICH REIZT DEINE SCHÖNE GESTALT,
UND BIST DU NICHT WILLIG, SO BRAUCH ICH GEWALT !“
MEIN VATER, MEIN VATER, JETZT FASST ER MICH AN,
ERLKÖNIG HAT MIR EIN LEIDS GETAN.

 

Dem Vater grauset’s, er reitet geschwind,
Er hält in Armen das ächzende Kind,
Erreicht den Hof mit Mühe und Not,
In seinen Armen das Kind war tot.
   

 

 

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Qui chevauche donc si tard, à travers la nuit et le vent ?
C'est le père avec son enfant.
Il entoure l'enfant de son bras,
Il le tient fermement, il lui tient chaud.

 

« Mon fils, pourquoi tu enfouis comme ça ton visage ?
Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes?
Le Roi des Aulnes, avec sa couronne et sa traîne ?
— Mais mon fils, ce n’est qu’une traînée de brouillard...

— TOI CHER ENFANT, VIENS, VIENS AVEC MOI !
NOUS JOUERONS ENSEMBLE À DE SI JOLIS JEUX !
MAINTES FLEURS MULTICOLORES BRILLENT SUR MA PLAGE;
MA MÈRE A MAINTES ROBES DOREES...

 

— Père, Père ! Tu n'entends pas
Ce que le Roi des Aulnes me susurre tout bas ??
— Sois tranquille, reste tranquille, mon petit :
Ce n’est que le vent qui murmure dans les feuilles sèches.

 

— TU VAS VENIR AVEC MOI, DELICIEUX ENFANT ?
MES FILLES T’ATTENDENT DEPUIS LONGTEMPS ;
CE SONT MES FILLES QUI GUIDENT LE RHEIN DANS LA NUIT.
ELLES TE BERCERONT, ELLES CHANTERONT ET DANSERONT POUR TOI.

 

— Père!! Père!! Tu ne vois donc pas, là-bas
Les filles du Roi des Aulnes dans ces lieux sombres ???
— Mon fils, mon fils, je vois tout ça très bien :
Ce ne sont que les vieux pâturages qui paraissent si gris !!!

 

— JE T'AIME. TA CHARMANTE FORME ME PLAÎT.
ET PUISQUE TU N’ES PAS VOLONTAIRE, JE VAIS DEVOIR EMPLOYER LA FORCE !
— Père!!!, Père!!! Il m’a attrapé!!!
Le Roi des Aulnes me fait mal !! »

 

Le père frissonne d’horreur, il cravache son cheval.
Il tient dans ses bras l'enfant délirant ;
Atteint la cour du château exténué et en proie à la détresse.
Dans ses bras, l’enfant était mort.

 

 

 

 

 


 

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Ce poème terrible de Goethe me fait penser à une chanson, qui m'a saisi en plein vol alors que j'écoutais la radio, aux commandes de mon avion lors d'un trajet vers le sud de la France.

 

Je me demandais où le chanteur voulait en venir, en s'adressant visiblement à son enfant, sa fille.

 

Avant de comprendre...

 

C'est dur de rester concentré sur un avion, dans ces conditions. Surtout quand on a une fille, en plus paisiblement endormie sur le siège d'à côté. Et qu'on imagine, "sous ses printemps pleins de grâce, des angoisses terribles qu'on n'a peut-être pas su déceler et "éventer" à temps".

 

"In seinen Armen, das Kind war tot"...

 

 

 

 

 

Mon enfant, mon air pur
Mon sang, mon espérance
Mon ferment, mon futur
Ma chair, ma survivance
Tu ne perpétueras ni mon nom ni ma race
Tout ce que j'ai bâti, je l'ai rêvé en vain
Je quitterai ce monde sans laisser de trace
Tes yeux ne s'ouvriront sur aucun lendemain

 

L'aiguille

Dans ta veine éclatée
Ta peau déchirée
L'aiguille

Dans ton corps mutilé
Crucifié
L'aiguille

De nos espoirs trahis
Te clouant dans la nuit
Sans vie

Mon arbre, mon petit
Qui peut dire à l'avance
Où le bonheur finit
Quand le malheur commence
Le drame de la vie, sans auteur ni dialogue
Qui s'écrit à huis clos se joue à notre insu
Les plaisirs innocents n'en sont que le prologue
Les paradis promis ont l'enfer pour issue

L'aiguille

Dans ta veine éclatée

L'aiguille

Dans ton corps mutilé
Crucifié
L'aiguille

De nos espoirs trahis
Te clouant dans la nuit
Sans vie

En regardant fleurir
Tes printemps pleins de grâce
Je n'ai pas sous tes rires
Eventé tes angoisses
Peut-être pas non plus assez dit que je t'aime
Ni suffisamment pris le temps d'être avec toi
Que tu as dû souffrir en secret de problèmes
A présent c'est mon tour perdu dans mes pourquoi
L'aiguille dans ta veine éclatée
Ta peau déchirée

L'aiguille

Dans ta veine éclatée

L'aiguille

Dans ton corps mutilé
Crucifié
L'aiguille

De nos espoirs trahis
Te clouant dans la nuit
Sans vie

L'aiguille 

 

 

 

Il y a décidément autre chose, dans la chanson française, que "Un homme/une femme - je t'aime/tu m'aimes"... Des émotions formidables.

 

 

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Ce passage du Petit Prince est cité par tous lettrés ou pas, comme référence littéraire, à tel point qu’elle m’est devenue overheard. Mais j’ai vibré sur le Petit Prince quand j’en ai composé la musique originale lors de sa mise en scène au collège ; j’ai vibré sur El Principito lorsqu’il m’a appris l’espagnol en même temps que les premières chansons presque à texte de Ricky Martins que j’écoutais en boucle. J’en vibre encore quand je relis une planche maçonnique que mon père avait écrite, autour de cette phrase, pour décrire tout l’amour de l’Autre qu’il avait en lui, ici à l’occasion d’une rencontre avec un Homme Bleu du désert.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux.

 

 

 


 

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« Cent vingt millions de secondes ». Mes adorables lecteurs sauront à quoi je fais ici allusion. C’était « quatre ans » (120'000'000 de secondes), que j'ai décrits il y a vingt ans.

 

 

 

cent vingt millions - ca fait rien

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tout Hugo me parle, et je ne manque jamais d’aller le saluer quand je vais voir Chopin et sa tombe voisine. Je me souviens que mon amie Nicole, récemment nommée directrice d’école à Sion (je suis fier de toi, ma chérie !), est celle qui m’a initié aux « Fondations » d’Asimov, à la Chanson de Roland, à Confucius, à l’illettré Amazonien-qui-avait-tout-compris-de-la-vie… et aux Odes et Epodes d’Hugo, avec cet « Enfant » de la guerre, terrifiant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d'avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d'Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu'un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?
Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ?
- Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.

 

 

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Comme la musique de son copain Chopin, les nuits de Musset m’ont longtemps hanté, surtout celles de mai avec leur sublimissime passage du pélican. J’en pleure à chaque fois…

 

 

 

 

 

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;
En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
L'Océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture il apporte son cœur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur,
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.
Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
Il craint que ses enfants ne le laissent vivant ;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage,
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
Et que le voyageur attardé sur la plage,
Sentant passer la mort, se recommande à Dieu.

 

 


 

 

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Un de ces autres moments des « Cent vingt millions de secondes » qui m’émeut encore tout seul.

 

 

cent vingt millions - EXTRAIT 2 

 

 

 

 

 

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Je me demande avec qui je parlais, il y a une plus d’une vingtaine d’années, sur le plus beau mot allemand à mon goût. Nicole à nouveau ? Je ne sais plus. Nous étions en tout cas d’accord sur « vertraut », doux à entendre et magnifique à comprendre : « intime ». J’ai appris par cœur cette chanson de Herman van Veen lors de mon premier échange scolaire en Allemagne. Elle véhicule désormais de bien jolis souvenirs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ein Fenster ist ein Loch

Ein Glas durch das man schaut

In den Hof

Wo alles so vertraut


 

 

 

 

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Encore un texte chanté peu connu mais remarquable de simplicité et de symbolisme. Mine de rien, ça n’a rien à pâlir à la comparaison avec Victor Hugo : de l’émouvant sans sensiblerie, des mots concis ciselés dans l’acier, des figures de style quand il les faut et une structure de texte parfaite. Par acquît de conscience, quels que soient vos goûts, je vous invite à allez l’écouter sur internet : vous la trouverez illustrée par une voix inégalable dans ce registre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ne m’enterrez pas encore

Je ne suis pas mort, je dors

Et n’encombrez pas ma mémoire

De vos regrets de vos histoires

Je dors

Si quelque part, sait-on jamais

J’avais un ami qui m’aimait

Tant pis, qu’il m’oublie

Je dors.

Maître des ombres et des lumières

Combien dure une éternité

Combien de fois faudra-t-il faire

La même route pour arriver

Combien de lunes à disparaître

Combien d’hommes encore à renaître

En attendant, je dors.

 

 

 


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Ces deux prochains textes de chanson n’ont peut-être pas la dimension universelle de la littérature, mais ils me touchent. Le premier parce que je m’y retrouve. Le second pour y retrouver mon père et le sentiment d’avoir perdu du temps à m’imprégner de ses qualités, alors qu’il était encore vivant. C’est fou comme ceux qui l’ont connu l’ont adoré et comme il est important aux yeux de mes filles, qui ne l’ont pourtant même pas connu.

 

 

 

 

 

J'ai toujours dansé sur les vagues

Quand on croyait que je sombrais,

Ma vie avait l'air d'une blague

Et pourtant c'était vrai.

J’ai pris tous les avions du monde

Dormi dans tous trains de nuit,

Aimé dans dans des bordels immondes

Des femmes aux cheveux gris.

Je vous ai bien eus.

Je me suis fait des jours de fête

Eclaté des fusées d'amour

Comme je vais faire sauter ma tête

A l'aube du dernier jour.

Je vous ai bien eus.

Je ne vous ressemblais pas

Vous ne m'avez pas cru.

Je vous ai bien eus."

 


 

 

 

  et:

 

 

 

 

Ils avaient la couleur du fer
Passez noirs pas assez gris
Un ciel blanc barré d'un éclair
Et une tendresse infinie.

Si j'avais été moins fier
Si j'avais fait un pas vers lui
Au lieu de le fuir et me taire
J'aurais mieux compris ma vie
Et si c'était à refaire
Si j'étais debout devant lui
C'est fou le temps, le temps qu'on perd
J'aurais deviné ma vie

Dans les yeux de mon père.

Si j'avais été moins fier
Ne pas me croire meilleur que lui
Au lieu de me cacher sous terre
D'aimer ma mère plus fort que lui
Si seulement c'était à refaire
Je sais ce qu'il a ressenti
C'est fou le temps, le temps qu'on perd
J'aurais tout appris de lui

Dans les yeux de mon père.

 

 

 

 

 


Separateur de texte

 

 

 

 

 

Et ces quelques paroles de sage.

 

C'était Dominique Valera, lors de ces stages d'été que je faisais avec lui chaque année à Cavalaire-sur-Mer, depuis une trentaine d'années.

 

Nous étions tous des avancés et il nous réveillait à 3 heures du matin pour faire des coups de poing basiques, des oï tsukis tout cons, sur la plage avec l'eau à la hauteur de la poitrine.

 

Et lorsque l'un de nous trouva le courage de lui demander à quoi cela servait de faire 10'000 fois le même mouvements que nous connaissions tous déjà depuis dix ans, il nous dit:

 

 

"En karaté, tu fais un mouvement 10'000 fois, et tu connais le nom du mouvement !

Tu le fais 100'000 fois et tu commences à ressentir comment fonctionne le mouvement !

Et tu le fais un million de fois, et c'est à ce moment-là, et à ce moment-là seulement, que tu te rends compte que tu ne connais pas le mouvement".

 

 

 

Je me souviens aussi :

 

 

 

"Cette ceinture noire, c'est ton passeport pour commencer le karaté".

 

 

 

 

 

Cet homme m'a marqué.

 

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Published by Pyrame - dans Intime
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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 18:25

Juste un lien, mais je vous le confie contre bons soins :

 

http://issuu.com/pyramegeneve/docs/120_millions_de_secondes

(maintenez la touche Ctrl et cliquez sur le lien)

 

J'ai écrit ce texte quand j'avais vingt ans, il y a un peu plus de vingt ans. Ce sont les tableaux, noirs, d'un homme qui a passé quatre ans en prison (cent vingt millions de secondes), par amour d'un autre homme.

Il s'agissait d'un exercice de style, d'une oeuvre que je soutenais de pure fiction.

J'avais été marqué par l'Etranger (Meursault), par les romans noirs, par le sens de la chute qu'avaient mes plus grands phares, comme en littérature un Hugo ("Je veux de la poudre et des balles"), un Rimbaud ("Il a deux trous rouges au côté droit"), un Goethe ("In seinen Armen, das Kind war tot") ou un Baudelaire ("Et, vertigineuse douceur ! A travers ces lèvres nouvelles, Plus éclatantes et plus belles, T'infuser mon venin, ma soeur !"). Comme dans les codas en feux d'artifice de Chopin, de Schumann ou de Brahms, et comme dans les textes puissants que l'on trouve dans certaines chansons inconnues de Sardou, en chanson populaire.

J'enviais de pouvoir m'essayer au rythme magistral qu'un Flaubert et un Proust savaient mettre dans leurs phrases et même à l'intérieur de chaque mot ou de chaque virgule.

Au-delà du style, ceux qui me connaissent y verront les émanations méphytiques d'un Mister Hyde. Ca les surprendra; ou pas.

Malgré l'emploi de la première personne, j'étais moi-même sûr de tenir là un rôle de composition, de transcrire l'univers fantasmatique de quelqu'un d'autre, nettement plus malsain. J'en suis toujours convaincu, en tout cas pour une misanthropie affichée que je ne ressens pas aussi violemment, un cynisme qui n'est pas toujours de mon goût et une perversité que certains - dont je n'ai toujours pas réussi à faire le deuil - se sont trop rapidement empressés de me prêter.

Même si, à relire tout cela je ne l'aurais plus écrit de la même manière, j'en suis encore très fier.

Je n'ai ni vécu la prison, ni broyé le spleen du narrateur. Je m'en rends compte aujourd'hui plus que jamais, alors que je viens de terminer le livre de Aziz Binebine "Tamamort", sur le bagne mouroir de Tamamart où il a été enterré par Hassan II comme un rat, pendant dix-huit ans, pour avoir participé semble-t-il à son insu au coup d'Etat de 1971. Et dire qu'il n'est pas même aigri, alors que mes lignes sont des déjections d'aigreurs sans même avoir l'excuse d'avoir personnellement souffert.

Je n'ai jamais laissé lire cet opuscule à personne, jusqu'à présent. A une ou deux reprises, il m'est tout au plus arrivé d'en dire moi-même certains passages à des gens qui ont compté.

C'était peut-être le moment, mais ne vous y trompez pas : ce n'est qu'un "coming in", un voyage organisé dans une toute petite partie de moi.

En tout cas, si vous décidez d'ouvrir ce lien, ce sanctuaire hypertexte, s'il vous plaît : lisez ces pages à voix haute et prenez le temps que j'aurais pris à vous le réciter.

N'empêche: il est réservé à ceux qui m'aiment déjà bien au départ, ce foutu Cent vingt millions de secondes... Comme les huîtres, les cigarettes, les baisers sur la bouche et autres gâteries du même style, plus le plaisir est raffiné plus tout ça commence par être vraiment dégueulasse au départ.

Je vous aurai prévenus.

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Published by Grégoire Rey - dans Intime
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